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Le monopole sur la vape, une théorie du complot ?

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Opinion

Il paraît que 79 % des français croient à une thèse complotiste. Elvis Presley n’est pas mort, un OVNI s’est crashé à Roswell, la terre est plate, les buralistes veulent le monopole de la vape. Et bien, nous avons un scoop extraordinaire : il y en a un qui est vrai.

Les complots pour les nuls

Elvis est mort, la terre est ronde et les buralistes veulent le monopole de la vape.

Oui, Elvis est mort, et c’est une bien triste nouvelle, même s’il faut reconnaître que ses derniers albums étaient un peu faiblards. Non, un OVNI ne s’est pas crashé à Roswell, c’était un ballon-sonde top secret destiné à capter dans l’atmosphère les émissions des essais nucléaires soviétiques. Non, la Terre n’est pas plate, elle est ronde et elle tourne autour du soleil. Oui, les buralistes veulent le monopole de la vape, même si ils disent le contraire.

Deux documents parlementaires fournissent de sérieux indices en ce sens.

C’est le Youtubeur Mcortex qui a attiré notre attention sur le sujet par le biais de deux documents, tous les deux émanant de l’Assemblée nationale. Au passage : non, les députés ne sont pas des lézards Illuminati qui mangent des petits enfants dans les caves de pyramides franc-maçonnes. Ça suffit, maintenant.

Une question au gouvernement et un compte-rendu de débats.

Il y a tout d’abord la question numéro 2638 en date du 7 novembre 2017 posée par Monsieur Gérard Menuel, député LR, au Ministre de l’Action et des comptes publics. Je l’ai lue. Il y a ensuite le compte-rendu intégral de la session ordinaire du 29 novembre 2017. Je l‘ai lu aussi. Maintenant, je vais aller prendre une aspirine et m’allonger un peu dans le noir, je vous raconterai la prochaine fois.

Non ? Bon, tant pis.

Ce qui se trame dans les permanences

Un député souhaite attirer l’attention sur les perspectives d’avenir des buralistes.

Tout commence donc, si l’on prend chronologiquement, par la question du député Menuel, qui souhaite attirer l’attention du gouvernement sur l’avenir des buralistes.

Gérard Menuel

Après avoir rappelé que ces derniers sont aussi appelés « préposés de l’administration », du fait d’un certain nombre de services publics assurés dans leurs officine, comme la vente de timbres fiscaux, il souligne qu’ils vont être confrontés au paquet de cigarettes à dix euros, ce qui va leur porter du tort. C’est très plausible.

Monsieur le député, c’est logique, propose un certain nombre de pistes pour permettre à cette profession de survivre. C’est normal, c’est son boulot.

Il sait, en tant qu’élu local, l’importance des buralistes dans le maillage de services des territoires.

Au passage : non, le député n’est pas corrompu par l’industrie du tabac et les laboratoires pharmaceutiques qui défilent dans son bureau avec des valises pleines d’argent liquide. C’est simplement un élu d’une zone rurale, qui sait que, pour de nombreux habitants, la fermeture du bureau de tabac équivaut à la perte, justement, d’un point de services essentiel.

Il propose donc diverses solutions dont le monopole sur la vape.

Parmi les solutions, il suggère la vente exclusive de certains produits, dont la cigarette électronique. Vente exclusive, ça veut dire que seul lui a le droit de les vendre. Ça a un nom : monopole. La réponse du gouvernement est attendue. Mais quelques indices nous permettent de la deviner.

Sémantique législative

Lors d’un débat à l’Assemblée national, un ministre affirme que ne pas avoir donné le monopole de la vape aux buraliste était une erreur.

Ensuite, lors d’un débat assez long à l’assemblée nationale, sur l’avenir des buralistes, le trafic de cigarettes, les ventes transfrontalières, le paquet neutre et l’augmentation du prix à dix euros, on a pu entendre cette phrase : « En revanche, ils [les buralistes] ont à un moment refusé le commerce de la cigarette électronique. C’est à mon sens une erreur collective de ne pas avoir compris que ce commerce devait être leur monopole. »

Celui qui parle s’appelle M. Gérald Darmanin, et comme métier, il fait ministre de l’action et des comptes publics. Ce n’est pas une mauvaise situation en soi. Beaucoup de pouvoir. Beaucoup de responsabilités, donc, et un besoin impérieux et continu de peser ses mots.

C’est le ministre de l’action et des comptes publics, et il l’affirme sans nuances.

Examinons un peu cette phrase, la seconde. Elle commence par « A mon sens ». Ca veut dire « à mon avis », mais avec une nuance. « A mon avis » repose, justement, sur un avis, une opinion, donc, partagée par le locuteur et qu’il ne présente pas comme une forme de vérité. « A mon sens », au contraire, induit la réflexion. Il serait donc à traduire par « J’y ai réfléchi, et voici ma conclusion ». C’est ce qu’on appelle un « adverbe d’opinion forte » sans nuance.

Cette erreur n’est pas la sienne. C’est une « erreur collective », celle des buralistes, certes, mais aussi à moi, à toi, à nous, s’adressant à ses collègues politiques, l’erreur de tous de ne pas avoir imposé le monopole de la vape aux buralistes. Une façon de ne pas rejeter la pierre à ses opposants, ni d’assumer pleinement cette erreur : ils l’ont faite ensemble… Et peuvent donc peut être la corriger ensemble.

Tout en sous-entendant qu’il était encore possible de le leur donner.

Ce qui est appuyé par la suite « de ne pas avoir compris ». Là, c’est une évidence. Dans les deux sens : il est évident que le locuteur, ministre de l’action et des comptes publics, rappelons-le, énonce une évidence. La définition de « comprendre », employé dans ce contexte, est « saisir par l’intelligence et le raisonnement l’importance de quelque chose ».

Gérald Darmanin

Enfin, il conclut « que ce commerce devait être leur monopole ». Il choisit l’imparfait du subjonctif, qui souligne une action qui a eu lieu mais peut encore se dérouler, plutôt que le conditionnel.

Reformulons : « La vape doit être le monopole des buralistes, ça peut encore être fait, ça n’a pas été le cas avant, mais celui qui ne change pas d’avis aujourd’hui est un imbécile. ». Voilà la pensée profonde du ministre de l’action et des comptes publics si l’on s’en tient à la stricte sémantique. Ce n’est pas du complotisme, ça s’appelle de la grammaire.

Et donc…

Le monopole sur la vape donné aux buralistes n’est pas une théorie du complot, mais notre avenir.

Supposer aujourd’hui que les buralistes convoitent le monopole de la vape, que cela arrange les cigarettiers qui pourront plus aisément imposer leurs produits dans un réseau entièrement acquis à leur cause ; supposer dans le même temps que les politiques ont envie de soutenir lesdits buralistes, qui s’imposent comme prestataires de services de l’état particulièrement dans certaines zones rurales ; et enfin, supposer que ce monopole simplifierait considérablement la tâche de l’état pour la gestion de la patate chaude vape, et une future taxation, ce n’est pas, lorsqu’on analyse les différents éléments en notre possession de façon formelle, du complotisme ou de la paranoïa.

La mobilisation des vapoteurs ne doit pas faiblir si ils veulent contrecarrer ce projet.

Qu’une tentative d’attribuer la monopole de la vape aux buralistes ait lieu avant la fin de la législature est tout aussi crédible que d’affirmer qu’Elvis est mort, qu’il n’y a jamais eu d’extra-terrestre à Roswell, et que la terre est ronde, c’est une évidence.

C’est le succès de cette tentative qui peut être remis en cause. Cela dépend de beaucoup de facteurs, au centre desquels la mobilisation des vapoteurs. Vous pensiez passer une année 2018 décontractée et sereine ? Désolé.


Cet article d’opinion n’engage que le point de vue de son auteur et ne représente pas forcément l’avis de la rédaction.

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