Un essai randomisé britannique publié dans NEJM Evidence montre qu’un simple kit de vape envoyé par la poste aide davantage à arrêter de fumer que des e-mails d’aide automatisés. Ajouter quelques appels téléphoniques doublerait presque les chances de succès.
Ce qu’il faut retenir
- Un essai randomisé mené au Royaume-Uni auprès de 1 170 fumeurs, financé sur fonds publics, a comparé trois approches d’aide à l’arrêt du tabac ;
- À six mois, 11,3 % des participants ayant reçu un kit de vape sans suivi avaient arrêté de fumer, contre 6,4 % de ceux qui recevaient des e-mails d’aide ;
- Avec quatre semaines de suivi téléphonique, le taux d’arrêt montait à 21,1 % ;
- La plupart des participants qui ont arrêté de fumer vapotaient encore à un an, avec des e-liquides de moins en moins dosés en nicotine.
Une question restée ouverte

Mais cet accompagnement n’est pas toujours disponible ni souhaité par les fumeurs. Sur la comparaison entre la vape et un accompagnement seul ou l’absence d’aide, Cochrane juge d’ailleurs les données moins fiables en raison de la conception des études disponibles. C’est précisément cette question qu’a voulu éclairer un nouvel essai de l’université Queen Mary de Londres, publié dans NEJM Evidence3 et financé par le NIHR, l’institut public britannique de recherche en santé.
Trois groupes comparés
Pour leurs travaux, les chercheurs ont recruté 1 170 adultes fumant quotidiennement et souhaitant arrêter. Les participants fumaient en moyenne 19 cigarettes par jour, avaient 48 ans en moyenne, et la plupart avaient déjà essayé des traitements d’aide à l’arrêt du tabac. Tous ont été répartis au hasard entre trois groupes :
- Le premier a reçu des e-mails automatisés du programme SmokeFree du NHS, avec conseils et messages de motivation quotidiens pendant 28 jours ;
- Le second a reçu un kit de vape envoyé par la poste, avec une seule explication sur son utilisation ;
- Le dernier a reçu ce même kit, complété par un appel téléphonique le jour de l’arrêt, puis un appel hebdomadaire pendant quatre semaines.
Le kit se composait d’une batterie et d’un clearomiseur, deux flacons de 10 ml d’e-liquide dosé à 18 mg/ml (saveurs tabac et fraise), cinq résistances de rechange et un guide pour racheter du matériel. Il devait durer environ deux semaines, après quoi les participants achetaient eux-mêmes le matériel dont ils avaient besoin.
“The One Kit E-Cigarette Kit” est une création du revendeur britannique UK Ecig Store. Ce modèle a été utilisé dans cette étude.
Le critère principal de cette étude était exigeant, puisqu’il s’agissait de l’arrêt continu à six mois, validé par une mesure du monoxyde de carbone (CO) dans l’air expiré. Les participants perdus de vue étaient quant à eux comptés comme toujours fumeurs.
Des résultats à six et douze mois
#advanceampadstable0#
À six mois, les participants qui avaient reçu la vape seule avaient 1,76 fois plus de chances d’avoir arrêté de fumer que ceux du groupe e-mails. Ajouter le suivi téléphonique multipliait encore ces chances par 1,87 par rapport à la vape seule. À un an, l’effet du suivi tenait encore, mais l’écart entre vape seule et e-mails n’était plus statistiquement significatif.
Le groupe e-mails aurait toutefois été largement « contaminé » par la vape : près d’un quart de ses participants vapotaient à six mois (24,4 %), et 68 % de ceux qui y avaient arrêté de fumer utilisaient une cigarette électronique. Selon les auteurs, l’analyse principale sous-estimerait donc l’écart avec la vape seule. En excluant les participants du groupe e-mail qui ont vapoté, le taux d’arrêt du groupe tomberait à 2,7 %, soit quatre fois moins qu’avec la vape seule.
Chez ceux qui n’ont pas arrêté de fumer, la vape aurait également aidé à réduire le tabagisme puisqu’à six mois, les participants fumaient en moyenne 6,4 cigarettes de moins par jour dans le groupe e-mails, 8,2 avec la vape seule et 9,6 avec la vape et le suivi.
Un suivi qui pousse à vapoter
Le suivi téléphonique a-t-il réellement aidé ? D’après les auteurs, il a surtout encouragé les participants à utiliser leur vapoteuse au début de leur tentative : à quatre semaines, 74,2 % des participants suivis vapotaient encore, contre 63,8 % dans le groupe vape seule. En revanche, parmi ceux qui avaient arrêté de fumer, la proportion de vapoteurs était similaire dans les deux groupes. L’accompagnement aurait donc favorisé l’adoption de la vape plutôt que rendu la vape elle-même plus efficace.
Le taux d’arrêt à six mois du groupe vape et suivi reste inférieur à celui de l’essai de 2019, qui proposait un suivi en face-à-face (21,1 % contre 35,4 %, selon les auteurs). À un an, l’écart se resserrait (16,8 % contre 18,0 %), ce qui suggère, selon eux, que l’avantage du face-à-face s’estompe avec le temps. Sur un critère moins strict, c’est-à-dire l’absence de tabac au cours des sept derniers jours, les groupes vape seule et vape et suivi se rapprochent aussi à un an (27,5 % contre 32,6 %).
Un vapotage qui dure
À un an, 83 % des participants qui avaient arrêté de fumer vapotaient encore, une proportion comparable à celle de l’essai de 2019. Ils réduisaient néanmoins leur dosage de nicotine, puisque, dans le groupe vape seule, la concentration médiane de nicotine était passée de 12 mg/ml à quatre semaines à 6 mg/ml à un an, et près de 5 % des répondants utilisaient un e-liquide sans nicotine à un an.
Les auteurs reconnaissent que le vapotage prolongé comporte probablement des risques respiratoires et cardiovasculaires, même s’ils ne représentent qu’une fraction de ceux du tabac. Ils rappellent aussi que continuer à vapoter peut éviter le retour à la cigarette : le seul essai randomisé disponible sur le sujet a d’ailleurs trouvé moins de rechutes chez les anciens fumeurs qui vapotent.
Un argument pour Swap To-Stop
Pour les auteurs, ces résultats confortent la pratique britannique consistant à distribuer gratuitement des kits de vape aux personnes inscrites dans les services d’aide à l’arrêt, qu’elles suivent ou non un accompagnement en plusieurs séances. Lancé en 2023, le programme Swap to Stop confie ces kits aux collectivités locales.
Quelques limites à souligner à garder en tête
Comme toutes les études scientifiques, celle-ci présente plusieurs limites.
D’abord, la mesure du CO, utilisée pour valider l’abstinence tabagique, ne détecte que le tabagisme des dernières 24 heures.
Le taux de 2,7 % avancé par les auteurs pour le groupe e-mails provient d’une analyse qui exclut ceux qui ont vapoté, c’est-à-dire une bonne partie des réussites de ce groupe. L’écart entre les deux groupes pourrait donc être surestimé.
Les résultats de cette étude ne peuvent pas forcément être transposés dans le monde entier, puisque l’e-liquide fourni était aromatisé, et que certains pays ont interdit les arômes autres que celui du tabac.
Enfin, les participants, rassurés par le cadre de l’essai, ont pu adopter la vape plus volontiers que des fumeurs ordinaires, alors qu’au Royaume-Uni, 52 % des fumeurs jugent encore la vape aussi nocive, voire plus, que le tabac. Une limite qui démontre surtout l’importance d’informer correctement sur les risques du vapotage par rapport au tabagisme.
Sources et références
1 Lindson, N., et al. (2026). Electronic cigarettes for smoking cessation. Cochrane Database of Systematic Reviews, 2026(8), CD010216.
2 Hajek, P., Phillips-Waller, A., Przulj, D., Pesola, F., Myers Smith, K., Bisal, N., Li, J., Parrott, S., Sasieni, P., Dawkins, L., Ross, L., Goniewicz, M., Wu, Q., & McRobbie, H. J. (2019). A randomized trial of e-cigarettes versus nicotine-replacement therapy. New England Journal of Medicine, 380(7), 629–637. https://doi.org/10.1056/NEJMoa1808779
3 Myers Smith, K., Przulj, D., Pesola, F., et al. (2026). E-cigarettes with and without behavioral support for smoking cessation. NEJM Evidence. https://doi.org/10.1056/EVIDoa2600065
Le reste de l’actualité du vapotage
