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Chronique d’une journée d’ouverture

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Dans cette drôle de période que nous traversons, quel est le ressenti des clients en boutique de vape ? Chronique d’une ouverture en temps de crise, à la fois étrange et étrangement optimiste.

Bienvenue dans Mad Max

« Alors, quel effet ça vous fait de vivre dans un film de science-fiction ? » est l’apostrophe que j’ai pris l’habitude d’adresser aux habitués qui entrent un à un dans la boutique. Et la réaction est toujours la même : un léger arrêt, puis un grand sourire : « Oui, c’est fou, hein ? On n’aurait jamais imaginé vivre quelque chose comme ça ».

Après une semaine de fermeture, nous avions décidé de rouvrir quelques boutiques de cette enseigne familiale et locale. Uniquement quelques jours par semaine, pour éviter à nos clients de retourner au tabac après tous leurs efforts et soulager un peu le patron, qui travaillait seul au drive de fortune qu’il avait monté.

Uniquement sur volontariat, et après avoir vaincu les réticences des deux dirigeants de la société, qui ne voulaient pas envoyer leur équipe au casse-pipe.

Je m’étais porté volontaire, avec quelques collègues. Travaillant quelques heures par semaine dans une des boutiques, au début juste pour garder le contact avec le terrain, je m’étais pris au jeu après avoir découvert l’exaltation de voir des inconnus délivrés de la prison tabagique dans laquelle ils s’étaient laissés enfermer. Il n’était pas question de les laisser retomber dans la clope, tout simplement.

Et donc, le grand jour était arrivé : la réouverture. Trois heures, le matin, avec des règles drastiques : un seul client à la fois dans le magasin, paiement par CB uniquement, aucun test de liquide, aucun contact avec le matériel, et, pour certains produits, rationnement.

Autrement dit, je m’étais résigné à faire la police. Comme quoi, tout le monde peut se tromper.

Parce que, l’ouverture ayant été annoncée sur Facebook, il y avait déjà du monde, devant le magasin, dans la rue piétonne habituellement fréquentée mais dont toutes les enseignes étaient closes. Et les gens, mes clients, s’étaient organisés, sans se concerter. A deux mètres les uns des autres, en file. Disciplinés, sages, patients.

Toute la matinée, ce fut le défilé. Échanger un petit mot avec chacun, dispenser un conseil pour faire durer une résistance, expliquer à cette personne âgée, qui avais pris l’habitude de nous demander de changer sa résistance comment le faire elle-même, sans toucher à son setup, voir son grand sourire ravi quand elle y est arrivé…

Désinfecter, désinfecter, désinfecter, la machine à carte entre chaque client, le comptoir toutes les deux personnes. Et les clients, sans que j’ai eu à inviter un seul d’entre eux à le faire, lisaient les consignes sur la porte, se désinfectaient spontanément les mains en entrant avec le gel mis à disposition.

Se rendre compte que, depuis deux heures, c’est le défilé ininterrompu, et que pas un seul resquilleur, pas un éclat de voix, par un mot acrimonieux.

Une dame entre dans la boutique. Machinalement, je regarde l’heure : 11h20. C’est rigolo, je l’avais remarquée à cause de je ne sais plus quel détail, elle attendait devant la boutique quand j’ai ouvert, à 10 heures. Une heure vingt qu’elle patiente, et c’est son tour. Et pourtant, pas un geste de mauvaise humeur, au contraire. Elle entre avec un grand sourire et me remercie chaleureusement d’être là.

En fait, en jetant un coup d’œil par la vitre, je me rends compte que les gens parlent entre eux. Ils conservent les distances, mais ils se parlent. Pour certains, c’est la première fois qu’ils discutent avec quelqu’un depuis le début du confinement.

Il y a même des gags. Un homme voit la file d’attente et se range sagement dedans, son panier à la main. Après avoir vu une personne rentrer dans la boutique, il demande à son voisin de devant : « Pardon, ce n’est pas la file d’attente pour aller au marché ? » ledit marché qui se tient deux cent mètres plus bas, sur la place. C’est le voisin de devant, hilare, qui m’a raconté ça.

Plus tard, avant la fermeture, je vois une voiture de gendarmerie qui passe au ralenti vers la boutique, s’arrête un peu plus haut et fait marche arrière. Un gendarme descend et, tandis qu’il se dirige vers la porte d’un pas décidé, je sors toutes mes autorisations. Il entre dans la boutique, l’air concentré, sort sa cigarette électronique et me dit : « Bonjour, je cherche des résistances pour ça, vous en avez ? ». J’en avais. S’en est suivi une conversation très intéressante.

Il faut que je dise un mot sur Philippe. Lui et sa femme sont clients depuis longtemps. Il entre dans la boutique, lance une blague, comme il aime à le faire, éclate d’un grand rire tonitruant, puis sort un masque de son sac et me le tend : « Tiens, on en a eu quelques-uns, on s’est dit qu’on allait t’en donner un, avec tout ce que vous faites, c’est la moindre des choses ».

Mais le plus beau, c’est cet homme qui est rentré dans la boutique et a fait un stock de liquide. Il était à court depuis plusieurs jours, il avait fini par craquer et aller s’acheter quatre paquets de cigarettes, résigné. En rentrant chez lui, il a vu sur les réseaux sociaux l’annonce de la réouverture le lendemain. Il a décidé de tenir bon une nuit de plus et a balancé ses quatre paquets à la poubelle, sans les avoir ouverts.

S’il avait fallu n’ouvrir la boutique que pour lui, et bien ça en aurait quand même valu le coup.

La conclusion que j’ai tirée de tout ça ? Que les vapoteurs ne lâcheront pas si facilement l’affaire. Pas les geeks ultra-convaincus, pas les militants hardcore de la vape. Mais monsieur et madame tout-le-monde que certains buralistes espéraient voir revenir, penauds, acheter leur paquet de tueuses et leur vape formatée made in Big Tobacco. Ils se souviennent que c’est grâce à nous, les boutiques de vape, qu’ils ont arrêté le tabac. Ils ne nous laisseront pas tomber.

Et ils sont très heureux de voir que, nous non plus, nous ne les laissons pas tomber.

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