Figure historique de la vape française, Charly Pairaud déroule sans détour la ligne directrice de VDLV. De la “vapologie” à la nicotine produite en France, en passant par une vision militante de la réduction des risques, il défend un modèle à contre-courant des logiques de volume et des dérives du marché. Souveraineté industrielle, standards qualité, mutation de la distribution, pression réglementaire : voici sa lecture stratégique et engagée des enjeux clés de la vape en 2026.

Avec sa chaîne logistique 100 % française, VDLV reste un acteur engagé, aux côtés des spécialistes qui font de la vape un vrai métier.Charly Pairaud, directeur général de VDLV

Vision et ADN de VDLV

Depuis la création de VDLV en 2012, vous défendez une vision très structurée de la vape. Qu’est-ce qui n’a jamais changé dans votre approche ?

Dès l’origine, nous avons fait le choix d’anticiper les normes, d’investir dans la recherche avec Ingésciences et de penser la vape comme une alternative disponible en services et en produits de qualité. C’est notre conviction, c’est devenu une vision. Depuis la fondation de VDLV, nous œuvrons pour une vape responsable et éthique, fondée sur la science, la transparence et l’exigence industrielle, afin d’accompagner durablement la transition hors du tabac brûlé.

Vous parlez de “vapologie” plutôt que de simple vape. Quelle différence fondamentale mettez-vous derrière ce terme aujourd’hui ?

Ici, à VDLV, la vape n’est pas un produit banal. C’est une discipline au service d’une pratique : le vapotage. La vapologie, elle, est un concept forgé par l’entreprise, qui regroupe le savoir scientifique et cette pratique autour de l’usage de la vape, avec comme objectif l’arrêt durable du tabac. La vapologie, c’est l’étude intégrale de la vape – comme l’œnologie pour le vin – de l’assemblage des composants à l’usage consommateur, avec observation, précision et rigueur.

VDLV est souvent perçu comme un acteur pionnier et militant. Comment conciliez-vous exigence scientifique, engagement de santé publique et réalité économique ?

Dans un contexte réglementaire plus exigeant, la priorité est de recentrer le débat sur la science et la réduction des risques. Le marché doit choisir entre logique de volume et trajectoire d’exemplarité – chez VDLV, ce choix est fait depuis longtemps. Nous ne répondons à la demande que lorsque nous pouvons garantir la qualité sanitaire. Les consommateurs et les autorités attendent désormais responsabilité, transparence et preuves : la simple innovation ne suffit plus.
Modèle industriel et souveraineté

VDLV demeure le seul extracteur-producteur de nicotine en France et en Europe, et le seul en chimie verte au monde.

Vous êtes l’un des rares acteurs à maîtriser toute la chaîne, notamment avec la production de nicotine. En quoi ce modèle intégré reste-t-il stratégique en 2026 ?

Déjà, faire “le plus français possible” induit de facto une traçabilité totale. Un cercle vertueux garantit un contrôle qualité renforcé, ainsi qu’une souveraineté industrielle au service de la confiance des consommateurs. Les fabricants français peuvent se différencier en plaçant l’éthique, la santé des utilisateurs et l’environnement au cœur de leur modèle. Sinon, ils ne le font que par des prix bas et des conditions de fabrication obscures, cette stratégie ne peut pas payer à long terme…

La Nicotine Vapologique®, issue de tabac cultivé en France, est une innovation structurante. Où en êtes-vous aujourd’hui en termes de production, de qualité et de reconnaissance du marché ?

VDLV demeure le seul extracteur-producteur de nicotine en France et en Europe, et le seul en chimie verte au monde. De la sélection variétale – assurée par nos ingénieurs agronomes – jusqu’à la distillation finale à Cestas, en Gironde, nous maîtrisons toute la chaîne pour garantir traçabilité et qualité. Notre méthode d’extraction, vertueuse et peu génératrice de déchets, respecte le produit, le consommateur et l’environnement, tout en atteignant la pureté USP/PE imposée par la TPD. Depuis 2017, la Nicotine Vapologique® est accessible à tous les vapoteurs à travers l’ensemble de nos produits nicotinés.

Dans un contexte où une partie des e-liquides est désormais produite en Chine et intégrée dans des systèmes fermés, comment défendez-vous une production française indépendante ?

Ce n’est pas facile. De 2012 à 2018, les vapoteurs exigeaient des produits français ; les normes ont renforcé ce crédit. Depuis 2019, l’essor de la puff, de la JNR et des cartouches scellées a bouleversé la donne. Pourtant, de nombreux magasins et sites e-commerce valorisent encore la différenciation et la montée en gamme – et savent vendre cette différence avec sincérité. Notre vision : élever la filière par le service et le savoir-faire. Avec sa chaîne logistique 100 % française, VDLV reste un acteur technique, vigilant et engagé, aux côtés des spécialistes qui font de la vape un vrai métier.

Qualité, science et différenciation

Ingésciences est le seul laboratoire à avoir été consulté par l’ANSES dans le cadre de son récent rapport historique.

VDLV a été l’un des premiers fabricants certifiés Afnor et à structurer une approche analytique poussée. Quels sont aujourd’hui vos standards qualité concrets ?

Dès 2014, nous avons contribué à définir les standards du secteur. La majorité de nos e-liquides sont certifiés Afnor (XP D90-300, EN 17648, EN 17647), excluant les ingrédients controversés et garantissant traçabilité et qualité sanitaire. Nous analysons en continu toute notre chaîne de production. Notre boussole reste deux questions essentielles :

  • Les composés sélectionnés sont-ils vaporisables par une e-cigarette ?
  • Sont-ils inhalables en vapotage ?

Quel rôle joue aujourd’hui votre laboratoire Ingésciences dans vos développements et dans la crédibilité scientifique de la filière ?

Inventeur du concept du triangle de la vape, Ingésciences étudie physiquement, chimiquement et biologiquement les produits du vapotage. Il constitue un support essentiel à notre innovation : ses analyses guident nos process, excluent les substances controversées et publient les éléments pertinents pour une compréhension rigoureuse du vapotage. Il nous permet de maintenir une trajectoire d’exemplarité pour toute la filière. Il est le seul laboratoire à avoir été consulté par l’ANSES dans le cadre de son récent rapport historique sur notre secteur.

On observe une tendance à des e-liquides très sucrés ou très marketing. Vous avez souvent pris une position inverse. Quelle est votre lecture de cette évolution ?

Effectivement, les consommateurs recherchent des profils plus sucrés – preuve qu’ils ont bien oublié le goût du tabac brûlé ! Historiquement, VDLV a choisi d’exclure les édulcorants par précaution : notre priorité a toujours été de comprendre chaque ingrédient et d’éviter ce qui n’était pas suffisamment documenté. Avec le temps, nos données scientifiques et analytiques sur les différents édulcorants utilisés dans le secteur se sont enrichies et nous ont permis d’identifier une solution répondant à nos exigences de sécurité et de maîtrise.

Innovation produit

Pour les fumeurs en volonté de switcher, nous avons aussi l’offre solution Ouiiiz® : une approche systémique du sevrage.

Vous avez récemment lancé Le Booster Français Neosweet, qui associe nicotine vapologique et note sucrée. Quelle est la logique derrière ce produit ?

Avant le lancement, nous avons analysé les niveaux réellement utilisés sur le marché pour définir des concentrations pertinentes et maîtrisées. Le néotame s’est imposé naturellement : son pouvoir sucrant élevé permet d’atteindre l’effet recherché à très faible dose. Plutôt que de laisser ce segment à des acteurs moins exigeants, nous y avons apporté notre approche : transparence, analyse préalable et rigueur de formulation. Le Booster Français Neosweet révèle les arômes avec une sucrosité douce et équilibrée. En format booster, il permet la personnalisation du dosage – un outil approprié pour les vendeurs en magasin, qui accompagne les vapoteurs vers une utilisation ajustée.

Comment concilier attractivité aromatique et exigence sanitaire dans le développement de nouvelles recettes ?

Nos innovations sont au service de l’expérience du consommateur et de nos partenaires distributeurs. Nous nous engageons à leur proposer des produits fiables. Les formulations sont ajustées ; nous travaillons selon un cahier des charges très strict pour garantir traçabilité, sécurité et conformité, et proposer un voyage de saveurs dont il est impossible de se lasser sur la durée. En effet, les arômes sont un levier essentiel, un facteur clé du sevrage tabagique.

Travaillez-vous sur d’autres formes de délivrance de la nicotine ou sur des alternatives aux formats actuels (sels, profils personnalisés, etc.) ?

Oui, nous complétons la gamme Le Booster Français avec Le Booster Français Sel de Nicotine. C’est une solution adaptée aux vapoteurs recherchant une absorption optimisée de la nicotine et un hit plus doux, notamment dans des configurations à faible puissance. C’est une alternative idéale pour répondre aux attentes du marché et élargir les possibilités en DIY. Pour les fumeurs en volonté de switcher, nous avons aussi l’offre solution Ouiiiz®, une approche systémique du sevrage.

Avec Ouiiiz®, vous proposez une solution complète de sevrage adaptée aux profils de fumeurs. Quelle est la philosophie derrière cette approche ?

Absolument, Ouiiiz® est une solution de vape dédiée au fumeur qui souhaite faire une transition vers le vapotage sans complexité. Elle se présente sous la forme de deux kits au choix, pour les fumeurs de plus de 15 cigarettes par jour ou de moins de 15 cigarettes par jour. Chaque kit réunit matériel adapté, e-liquides de qualité et méthode 10/10 – pour une pratique paramétrée et satisfaisante en sevrage. Cette approche repose sur le triangle de la vape conceptualisé par Ingésciences : l’équilibre entre ce que l’on vape, avec quoi, et comment.

Est-ce que cela marque un basculement de VDLV vers une logique de “solution globale” plutôt que de simple fabricant d’e-liquides ?

Effectivement, VDLV est un fabricant de solutions de vape qui font la différence. Au service des détaillants et des sites Web, nous répondons à une logique associée plutôt que mercantile. Nous sommes engagés dans l’accompagnement des boutiques au contact des fumeurs ayant la volonté de réduire leur tabagisme. Une vape idéale est une vape scientifiquement maîtrisée ; c’est ainsi qu’elle constitue un levier crédible de réduction des risques. C’est pourquoi, et je le redis, nous développons des solutions globales, qui peuvent répondre au besoin des fumeurs de trouver une alternative simple, complète et efficace.

Comment les professionnels (réseaux shops et buralistes, tabacologues, médecins, pharmaciens) s’approprient-ils cet outil sur le terrain ?

Ouiiiz® est simple pour les professionnels, il ressemble à la vape des origines : une seule question à poser au fumeur – combien de cigarettes par jour ? – pour l’orienter vers le bon kit. Pas de réglages, pas de mélanges. Le client revient chercher sa recharge en saveur préférée, créant une récurrence d’achat. Ouiiiz® est un excellent outil de transition pour le primovapoteur, qui peut sortir du tabac simplement, guidé si besoin par les supports pédagogiques accessibles via QR code.

Distribution et marché

Ces produits, bourrés d’édulcorants douteux, anesthésient les papilles des primovapoteurs. L’expression ‘2 %’ au lieu de ‘20 mg/ml’ est intentionnelle et irresponsable.

Historiquement très présents en boutiques spécialisées, vous vous êtes aussi ouverts à d’autres circuits. Comment évolue votre stratégie de distribution aujourd’hui ?

Notre stratégie de distribution est avant tout collective : nous travaillons avec tous les acteurs engagés – réseaux, fédérations, institutions – car la santé publique est l’affaire de tous. Nous défendons la vape comme pratique alternative, pas comme simple produit. Tant qu’il y a de la passion, nous sommes motivés à coconstruire cette filière.

Quel regard portez-vous sur la transformation du marché français, entre concentration des acteurs et montée des systèmes fermés importés ?

Le marché de la vape entre dans sa phase de maturité – on y trouve du bon comme du mauvais, et le consommateur peine à s’y retrouver. C’est là que notre rôle est essentiel. La montée des systèmes fermés a créé une génération addict au sucre et aux produits récréatifs, sans questionnement sur la provenance, la composition ou la qualité. Résultat : beaucoup survapotent et cherchent des liquides toujours moins chers. L’arrivée massive de JNR – souvent fabriquées en Chine, disponibles partout, dosées à 20 mg/ml – rencontre un fort succès auprès des jeunes, notamment des adolescents.

Charly Pairaud, à gauche, directeur général de VLDV. A ses côtés, Vincent Cusset, Président de VDLV.

Quel regard portez-vous sur ce phénomène, à la fois en tant qu’industriel, acteur de santé publique et représentant de la filière ?

Ces produits, bourrés d’édulcorants douteux, anesthésient les papilles des primovapoteurs. L’expression “2 %” au lieu de “20 mg/ml” est intentionnelle et irresponsable. Nous sommes à l’origine des premières études sur le sucralose : à partir de 120 °C, il peut produire des composés chlorés cancérigènes, identifiés dans l’aérosol de vape. Nous n’en avons jamais mis dans nos produits. Nous avons préféré prendre le temps d’analyser pour proposer des solutions performantes sans compromettre la sécurité. Les consommateurs ne devraient pas choisir entre intensité des goûts et santé – ils peuvent avoir les deux pour sortir définitivement du tabac.

Vous avez été en première ligne contre l’article 23 du PLF 2026. Qu’est-ce que cet épisode révèle, selon vous, sur la perception politique de la vape ?

Cet épisode révèle surtout une incompréhension persistante de la vape au niveau politique. Elle est encore trop souvent assimilée au tabac, voire à un produit récréatif, alors qu’elle constitue avant tout un outil de réduction des risques pour les fumeurs adultes. L’article 23 illustre aussi une forme de facilité réglementaire : plutôt que de construire une politique publique fondée sur la science, on applique des logiques fiscales ou restrictives sans évaluer les conséquences sanitaires. Or, mal encadrer la vape, c’est prendre le risque de freiner la sortie du tabac. Cela montre enfin que la pédagogie reste essentielle. La filière doit continuer à produire des données, à dialoguer et à rappeler que la vape n’est pas le problème, mais une partie de la solution face au tabagisme.

Le retour possible d’un agrément obligatoire des boutiques dans le PLF 2027 est évoqué. Est-ce une menace ou une opportunité pour structurer la filière ?

Tout dépend de sa construction – je préfère la notion de registre. Un outil administratif déconnecté fragiliserait les indépendants ; des critères pertinents – formation, conseil, qualité – en feraient un levier positif. La filière a prouvé sa capacité à s’auto-organiser. L’enjeu : ne pas casser cet écosystème, mais le reconnaître et le valoriser. Un enregistrement intelligent protège le consommateur sans détruire le maillage territorial des professionnels du sevrage.

En tant que secrétaire général de la Fivape, comment jugez-vous aujourd’hui le dialogue entre la filière et les pouvoirs publics ?

Le dialogue existe, mais reste asymétrique. La filière est structurée et responsable, elle est capable d’apporter des arguments solides ainsi qu’un retour terrain précieux, pourtant ces éléments ne sont pas toujours pleinement intégrés dans la décision publique. Des avancées sont réelles – meilleure écoute, volonté d’encadrer plutôt qu’interdire – mais une politique cohérente reste à construire. La Fivape continuera de porter une voix claire et scientifique pour faire reconnaître la vape comme outil légitime de santé publique.

Vision et perspectives

Préserver la production française, c’est protéger la santé des consommateurs et un savoir-faire unique en Europe.

Les e-liquides sont encore majoritairement produits en France, mais sous pression réglementaire et concurrentielle. Comment préserver cette souveraineté industrielle ?

La souveraineté se construit par l’exigence, pas par le prix. Face aux importations opaques qui tirent le marché vers le bas, la réponse est une montée en gamme assumée : science, traçabilité, qualité. Les pouvoirs publics doivent reconnaître cet enjeu stratégique – préserver la production française, c’est protéger la santé des consommateurs et un savoir-faire unique en Europe.

Plus largement, quelle est votre vision de la vape en Europe à horizon 5-10 ans : produit de consommation, outil de santé publique, ou les deux ?

La vape sera nécessairement les deux, mais l’équilibre reste à trouver. Sans cadre exigeant, elle dérive vers le récréatif ; pleinement intégrée comme outil de santé publique, elle devient un levier majeur contre le tabagisme. L’enjeu : structurer un cadre qui permette accessibilité pour les fumeurs adultes, exigence sanitaire élevée, et encadrement des dérives. Nous sommes à un moment charnière – soit l’Europe choisit la science et la réduction des risques, soit elle reproduit les erreurs du passé en assimilant la vape au tabac. La Fivape fait des propositions ; gageons que les politiques nous écoutent.

Si vous deviez adresser un message aux professionnels de la vape aujourd’hui, dans ce contexte de mutation rapide, quel serait-il ?

Restez fidèles à ce qui a fait la force de cette filière : conviction, expertise et sens du service. Les professionnels restent centraux – ce sont eux qui accompagnent les fumeurs, expliquent et rassurent. Le rapport de l’ANSES est un socle scientifique précieux : servons-nous-en collectivement pour élever nos pratiques et renforcer notre crédibilité. Ne cédons pas à la facilité ni à la banalisation. La vape n’est pas un produit comme un autre – c’est un outil qui engage une responsabilité, au service d’une pratique éthique et loyale.

La vape de Charly Pairaud

  • Vapoteur depuis : 2012
  • Setup actuel : E-Cigarette Kit Nexlim Go d’Oxva
  • Liquides préférés : Cassis Frais de Cirkus de VDLV

VDLV en chiffres

  • Chiffre d’affaires en 2025 : NC.
  • Croissance du chiffre d’affaires en 2025 : NC.
  • Nombre de salariés : 95.
  • Nombre de lignes de conditionnement : 13.
  • Superficie du local : 14 000 m².
  • Nombre de gammes : 7.
  • Nombre de références au catalogue : près de 1 000 références.
  • Nombre de points de vente en France : 0.

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