Le ministère indien de la Santé a ordonné aux États de sévir contre la vente de sachets de nicotine, en ligne comme chez les buralistes. Faute de loi spécifique, New Delhi s’appuie sur le droit du médicament, une stratégie encore juridiquement fragile.
Offensive contre un marché qui s’installe

Les marques ZYN, du cigarettier Philip Morris International, et White Fox, de Swedish Smokeless Solutions, sont directement visées. Et pour cause, ces sachets de nicotine semblent déjà avoir trouvé leur public. Selon une étude de l’Institut national de prévention et de recherche sur le cancer (ICMR-NICPR), publiée en juin 2026, des sachets de nicotine auraient été repérés dans sept des dix villes étudiées et dans environ 9 % des points de vente de tabac. Ils circuleraient aussi sur les plateformes en ligne, dans les bars à chicha et via des services de livraison rapide. Au total, les chercheurs auraient même recensé 445 arômes disponibles en Inde.
Les dernières données disponibles (2016-2017) indiquent que le pays comptait près de 267 millions de consommateurs de tabac, toutes formes confondues.
Pas interdits, mais pas autorisés pour autant
Le problème, c’est que contrairement à la cigarette électronique ou au tabac chauffé, interdits par la loi depuis 2019, aucun texte ne vise spécifiquement les sachets de nicotine. Comme ils ne contiennent pas de tabac, ils échappent à la loi antitabac. Le gouvernement a donc choisi de les considérer comme des médicaments non autorisés, dont la vente est ainsi illégale.
Et le 27 août dernier, la seule voie légale possible qui restait, une autorisation comme aide au sevrage tabagique, a également été malmenée. Ce jour-là, le Drugs Technical Advisory Board (DTAB), instance consultative du régulateur du médicament, a examiné des demandes de mise sur le marché de sachets dosés à 2, 4 et 6 mg, et recommandé qu’aucune nouvelle formulation nicotinique ne soit désormais approuvée. Seuls les substituts nicotiniques classiques, comme les gommes, les pastilles et les patchs restent donc autorisés en Inde.
Même le duty-free n’y échappe pas
Et ce bras de fer entre distributeurs et autorités s’est joué jusque dans les aéroports. Le 2 avril, les autorités ont interdit la vente de sachets de nicotine importés dans les boutiques duty-free de Mumbai, exploitées par une coentreprise entre le groupe Adani et le groupe Flemingo, basé à Dubaï. Le 22 septembre, la Haute Cour de Bombay a confirmé l’interdiction, jugeant que le duty-free restait soumis au droit indien.
La Cour a toutefois refusé de trancher la question de fond : un sachet de nicotine sans tabac est-il juridiquement un médicament ? Une question à laquelle le régulateur devra répondre dans les prochaines semaines.
La situation de la cigarette électronique en Inde invite toutefois à la prudence. Interdite depuis sept ans, elle continue de circuler grâce à une contrebande à grande échelle.
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