La phrase reprise en titre de l’article publié par 7sur arrive juste après l’explication selon laquelle ces troubles sont souvent réversibles, « notamment en arrêtant de fumer ». Elle porte sur des vaisseaux « trop lourdement détériorés », et le mécanisme décrit plus haut dans l’article est celui de la combustion du tabac. Le titre prête donc à la vape une irréversibilité que l’expert attribue à la cigarette.

La première étude en population sur le sujet porte sur 13 711 hommes de la cohorte américaine PATH. Les vapoteurs quotidiens y déclarent plus souvent des troubles de l’érection. Chez les vapoteurs occasionnels, la différence n’est pas significative. Les données sont transversales, et les auteurs écrivent que ni la chronologie ni la causalité ne peuvent être établies. Les troubles sont mesurés par une seule question déclarative, sans questionnaire validé.

L’association est la plus nette chez les vapoteurs anciens fumeurs, chez qui des séquelles vasculaires du tabagisme pourraient l’expliquer. Et l’étude ne permet pas d’écarter cette hypothèse. Plus surprenant, la même analyse ne trouve aucune association entre tabagisme et troubles de l’érection, alors que ce lien est solidement établi.

L’effet direct de la nicotine documenté chez l’homme est ponctuel. Dans un essai randomisé contre placebo, une gomme de 6 mg a réduit d’environ 23 % la réponse érectile de 28 hommes non-fumeurs, 40 minutes après la prise. C’est un effet aigu chez des sujets non habitués, pas une lésion durable.

Une revue d’andrologues italiens conclut quant à elle que la vape émet nettement moins de substances nocives que la cigarette et que les premières études montrent moins de dommages vasculaires, tout en rappelant que les données à long terme manquent.

Les deux autres arguments avancés dans l’article de 7sur7 sont tout aussi questionnables.

D’abord, les « calculs » selon lesquels certains vapoteurs absorberaient « jusqu’à trois fois plus de nicotine » qu’un fumeur ne sont pas sourcés. Dans la cohorte PATH, les vapoteurs exclusifs présentaient en moyenne environ 93 % de nicotine absorbée en moins que les fumeurs exclusifs. Les niveaux les plus élevés jamais rapportés, chez 22 adolescents américains utilisateurs de pods de type Juul, dépassaient d’environ 1,6 fois ceux d’adolescents fumeurs d’une autre étude, et non de trois fois. Ces pods contenaient jusqu’à 56,2 mg/ml de nicotine, alors que la directive européenne 2014/40/UE plafonne les e-liquides à 20 mg/ml, en Belgique, en France, comme dans toute l’Union européenne. 

Enfin, l’idée que la vape « pousse les jeunes vers la cigarette » n’est pas démontrée non plus. Les jeunes qui vapotent essaient plus souvent le tabac ensuite, mais la méta-analyse de Chan et al. juge ces études fragilisées par un biais de publication, de fortes pertes de suivi et un ajustement insuffisant sur les facteurs de confusion.

En Belgique, selon Sciensano, l’usage actuel de la vape chez les 15-24 ans est passé de 5,5 % en 2018 à 17,4 % en 2023-2024, pendant que leur tabagisme quotidien baissait de 11 % à 7,1 %.

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