Oui, l’hydrogène fait l’objet de vraies recherches scientifiques. Non, ça ne veut pas dire que souffler dedans avec un gadget à 500 euros va vous permettre d’arrêter de fumer. 

Kencos, le nouvel appareil miraculeux

Après Sasillia, la paille en inox pour arrêter de fumer, Glame, le bracelet aimanté pour arrêter de fumer, et Oui’garette, la cigarette sans tabac pour arrêter la cigarette, nous vous proposons aujourd’hui de découvrir Kencos, l’inhalateur d’hydrogène que certains présentent comme une « alternative saine au tabagisme ».

Contrairement aux produits dont nous avons parlé précédemment, le cas du Kencos est un peu différent, puisque son fabricant japonais, AquaBank, ne fait aucune allégation concernant le tabagisme. En revanche, un revendeur tiers n’hésite pas à lui prêter diverses qualités, dont celle d’être une « alternative saine » aux cigarettes.

Le Kencos est un dispositif portable permettant l’inhalation d’hydrogène. Source : AquaBank

L’hydrogène, une piste scientifique sérieuse

À l’origine, le Kencos est un inhalateur d’hydrogène portable. L’inhalation d’hydrogène (H₂) est un procédé auquel la recherche scientifique s’intéresse depuis 2007 et la publication d’une étude ayant identifié la molécule comme un antioxydant sélectif1. C’est là son principal intérêt : contrairement aux antioxydants classiques qui neutralisent les espèces réactives de l’oxygène (ROS), à la fois bénéfiques et nocives, l’hydrogène sélectionne seulement les plus délétères. Depuis 2007, plus de 2 000 publications scientifiques traitent du H₂ comme substance potentiellement thérapeutique et 81 essais cliniques ont déjà été menés, dont 64 sur des humains2.

Malgré des résultats encourageants, plusieurs obstacles freinent encore sa validation clinique. D’abord, parce que l’hydrogène a une très faible solubilité dans l’eau (1,57 mg/L), ce qui signifie qu’il faudrait ingérer plusieurs litres d’eau saturée chaque jour pour obtenir seulement quelques milligrammes d’hydrogène. Si l’inhalation permet de contourner ce problème, elle en crée parallèlement un autre, celui de la concentration explosive : un mélange d’hydrogène et d’air devient explosif à partir de 4 %.

Le second obstacle concerne la standardisation. Il n’existe actuellement aucune documentation réglementaire rigoureuse sur l’efficacité et la sécurité ni sur les complications liées aux modes d’administration. De ce fait, les études sur l’hydrogène sont très hétérogènes, ce qui rend difficiles les comparaisons entre elles.

Enfin, contrairement aux médicaments classiques qui sont généralement évalués pour des maladies spécifiques, le H₂, en tant qu’antioxydant, pourrait théoriquement s’appliquer à de très nombreuses pathologies. Un avantage qui est aussi un inconvénient, puisque cette polyvalence rend difficile la démonstration d’efficacité dans des indications précises.

Un débit trop faible pour être utile

L’utilisation d’hydrogène dans un contexte médical est donc un domaine de recherche légitime et actif. En revanche, ces mêmes recherches laissent penser que le Kencos n’a tout simplement aucun intérêt, et pour une raison simple : le débit qu’il propose. Toutes les études ayant démontré un effet mesurable de l’hydrogène ont utilisé un débit minimum de 250 ml/mn3,4. Le débit de 8 ml/mn du Kencos, soit 30 fois moins, est un niveau qui n’a jamais été étudié.

Sur son site officiel, AquaBank le reconnaît à demi-mot. Le fabricant a dû commanditer une étude spécifique sur les effets de l’inhalation d’hydrogène à ce débit et sa conclusion a été qu’il « pourrait encore potentiellement offrir un refreshment effect. » L’équivalent japonais de la phrase « contribue à la vitalité » que l’on peut retrouver sur certains compléments alimentaires européens, par exemple. Autrement dit, d’après l’aveu même du fabricant, l’utilisation du Kencos pourrait potentiellement produire une sensation subjective indéfinissable. Le Kencos s’avère donc n’être rien d’autre qu’un objet de bien-être quotidien, dans la tradition japonaise des produits de santé préventive.

À ce sujet, soulignons toutefois que l’étude en question a été menée sur un modèle plus ancien, le Kencos 2, et qu’elle n’est jamais parue dans une revue médicale. Seul un communiqué de presse rapportant ses résultats semble être disponible, et ce dernier n’explique pas ce qui a été mesuré, ni comment. Mais c’est en quittant le Japon que les choses se gâtent encore.

Le discours d’un revendeur peu scrupuleux

Si AquaBank base sa communication sur les résultats d’une étude dont les données ne sont pas accessibles et sur la publication d’un brevet qui prétend que son appareil « favorise l’activité neuronale et/ou la circulation sanguine » (sans rappeler qu’un brevet protège une invention technique et non une efficacité médicale démontrée), le discours va encore plus loin chez certains revendeurs.

L’un d’eux, basé aux Émirats arabes unis, rebaptise l’appareil “Kencos Pro”, une appellation qui n’existe pas. De plus, pas moins de quatre images de son site sont des fichiers dont le nom révèle qu’ils ont été générés par ChatGPT, et une cinquième par Gemini.

ChatGPT a visiblement eu quelques problèmes pour reproduire le même visage.

Outre ces premiers indices qui laissent peu de doute sur son sérieux, ce revendeur prétend également que le Kencos serait une « alternative saine au tabagisme », contribuerait à « améliorer la qualité du sommeil », à « renforcer la mémoire à court terme », et aiderait aussi à « se relaxer et réduire le stress ».

Autant de qualités que les études sur l’hydrogène n’ont observées qu’à des débits sans commune mesure avec ce que le Kencos est capable de produire, et qui n’ont de toute façon rien à voir avec le fait d’être « une alternative saine » au tabagisme.

Sources et références

1 Ohsawa, I., Ishikawa, M., Takahashi, K., Watanabe, M., Nishimaki, K., Yamagata, K., Katsura, K., Katayama, Y., Asoh, S., & Ohta, S. (2007). Hydrogen acts as a therapeutic antioxidant by selectively reducing cytotoxic oxygen radicals. Nature Medicine, 13(6), 688–694. https://doi.org/10.1038/nm1577

2 Johnsen, H. M., Hiorth, M., & Klaveness, J. (2023). Molecular hydrogen therapy — A review on clinical studies and outcomes. Molecules, 28(23), 7785. https://doi.org/10.3390/molecules28237785

3 Sano, M., Shirakawa, K., Katsumata, Y., Ichihara, G., & Kobayashi, E. (2020). Low-flow nasal cannula hydrogen therapy. Journal of Clinical Medicine Research, 12(10), 674–680. https://doi.org/10.14740/jocmr4323

4 Korovljev, D., Trivić, T., Drid, P., & Ostojić, S. M. (2025). Molecular hydrogen inhalation modulates resting metabolism in healthy females: Findings from a randomized, double-blind, placebo-controlled crossover study. Medical Gas Research. https://doi.org/10.4103/mgr.medgasres-d-24-00085

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