Interdire les arômes pour protéger la santé publique ? Une étude canadienne suggère que cette mesure pourrait avoir l’effet inverse en poussant les vapoteurs vers le tabac. Les ventes de cigarettes augmenteraient de 9 à 21 % dans les provinces ayant adopté ces restrictions.

Ce qu’il faut retenir

  • Plusieurs études américaines ont montré que restreindre les arômes de vapotage augmentait le tabagisme. Des chercheurs canadiens ont voulu vérifier si c’était aussi le cas dans un pays où la législation antitabac est plus stricte ;
  • Ils ont comparé les ventes dans 6 provinces canadiennes ayant restreint les arômes versus 3 provinces sans restriction (2018-2023) ;
  • Résultat : les ventes de cigarettes ont augmenté de 9 à 21 % selon les modèles utilisés.

Restrictions d’arômes et hausse du tabagisme : le Canada confirme

Plusieurs études américaines1-7 ont observé une association entre l’interdiction des arômes dans les e-liquides et une augmentation du taux de prévalence tabagique. Autrement dit, lorsque les saveurs des e-liquides sont restreintes par la réglementation, certains vapoteurs recommenceraient à fumer. Trois chercheurs canadiens ont souhaité vérifier cette théorie dans leur pays. La question qu’ils se sont posée était la suivante : est-ce que le retour de certains vapoteurs américains au tabagisme est réellement dû à une interdiction des arômes, ou est-ce simplement, car les lois antitabac américaines sont trop laxistes ? Si le tabac était mieux encadré aux USA, ces vapoteurs auraient-ils quand même recommencé à fumer ?

Les provinces canadiennes en rouge ont interdit les arômes dans les e-liquides. En orange, leur vente est limitée aux vape shops. Des restrictions qui feraient grimper le tabagisme dans ces régions.

La situation canadienne se prête parfaitement à cette question, puisque le pays a mis en place une politique antitabac plus stricte que celle de son voisin du sud. Les cigarettes mentholées y sont interdites, le paquet neutre est en place, et les arômes pour les cigares sont très limités. En parallèle, trois provinces ont interdit les saveurs autres que celle du tabac dans les e-liquides : la Nouvelle-Écosse, le Nouveau-Brunswick, et l’Île-du-Prince-Édouard. Et trois autres ont limité leur vente aux boutiques spécialisées : l’Ontario, la Colombie-Britannique, et Saskatchewan.

Pour étudier cette question, les auteurs ont utilisé les chiffres de ventes de vapotage de l’institut NielsenIQ (2018-2023), les ventes de cigarettes de Health Canada, et les tendances de recherches sur le web (Google Trends), pour mesurer l’intérêt des consommateurs. Ils ont comparé les chiffres des six provinces citées ci-dessus, avec ceux d’Alberta, Manitoba, et Québec, où il n’y a aucune restriction d’arômes.

Soulignons que cette étude écologique8 ne s’est intéressée qu’aux ventes enregistrées dans les stations-service et les supérettes. La vente en ligne ou les boutiques spécialisées, par exemple, n’ont pas été incluses.

Plusieurs méthodologies testées, mais le tabagisme augmente toujours

Les auteurs ont utilisé plusieurs méthodes pour analyser la réaction des vapoteurs dans les provinces où les arômes ont été subitement interdits.

Stacked DID (Difference-in-Differences empilées) : la méthode la plus récente et considérée comme étant la plus robuste. Il s’agit du modèle principal de cette étude. Chaque province a son propre avant/après comparé aux témoins.

TWFE (Two-Way Fixed Effects) : la méthode classique utilisée par les économistes. Elle permet de contrôler les différences entre provinces et entre périodes. Plus simple, mais peut souffrir de certains biais.

Synthetic DID (Synthetic Difference-in-Differences) : combinaison de la méthode DID classique couplée à des contrôles synthétiques. La méthode la plus fiable pour les ventes de cigarettes selon les auteurs.

Niveaux (non-log) : permet de calculer des chiffres bruts au lieu de pourcentages. Une méthode utile pour calculer des impacts concrets en nombre de produits. Par exemple, les ventes ont diminué de 0,034 unité d’e-liquides par habitant et par mois. Ou alors, les ventes de cigarettes ont crû de 5,4 cigarettes par habitant et par mois.

Si les chiffres varient selon les modèles, la tendance reste identique : là où les arômes dans les e-liquides sont interdits, les ventes de cigarettes augmentent.

Résultats par modèle

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Fourchettes d’effets selon les modèles

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Nous allons ignorer les lignes concernant les e-liquides fruités. Leur chute de 100 % est tout à fait normale, puisque ces arômes ont été interdits. Il s’agit simplement d’un test de validité pour les chercheurs afin de vérifier que leurs modèles fonctionnent correctement.

Le reste des chiffres est, en revanche, très intéressant. Après interdiction des e-liquides aromatisés, les ventes d’e-liquides classics explosent, de + 123 à 137 % selon les modèles. Les ventes d’e-liquides diminuent de manière globale de 23 à 38 %. Et les ventes de cigarettes croissent quant à elles de 9 à 21 %.

Cette dernière donnée mérite d’être soulignée, puisque la hausse des ventes de cigarettes est présente dans tous les modèles, et surtout, de manière significative, à chaque fois. D’ailleurs, le résultat le plus robuste statistiquement (** au lieu de *) est l’augmentation de 21,5 %, ce qui suggère que ce chiffre pourrait être plus proche de la réalité que l’estimation de 9,6 %, que les auteurs décrivent comme pouvant être « sous-estimée en raison d’une hétérogénéité temporelle non observée. »

Dans leurs conclusions, les chercheurs avertissent :

« Ces résultats suggèrent que les décideurs politiques devraient faire preuve de prudence lorsqu’il s’agit de restreindre les arômes des cigarettes électroniques : les dommages causés par les effets involontaires de ces politiques sur la consommation de cigarettes pourraient l’emporter sur les bénéfices pour la santé publique découlant de leur impact sur l’utilisation des cigarettes électroniques. »

Si cette recherche ne permet pas d’établir de causalité, elle s’ajoute aux données déjà existantes. Ces résultats canadiens renforcent les conclusions des études américaines : la restriction des arômes serait associée à une hausse du tabagisme, même dans un contexte réglementaire plus strict.

 

Les limites de cette étude

Comme toutes les recherches scientifiques, cette étude écologique présente plusieurs limites :

  • Seuls 31 % du marché canadien sont couverts (les vape shops ne sont par exemple, pas pris en compte) ;
  • Une diminution ou une augmentation des ventes ne signifie pas forcément une augmentation ou une diminution de la consommation dans les mêmes proportions ;
  • Si des vapoteurs se sont tournés vers le marché noir suite aux interdictions, l’étude ne le voit pas ;
  • S’agissant d’une étude écologique, ses conclusions ne s’appliquent qu’au contexte spécifique du pays étudié, le Canada. Ses résultats ne peuvent donc pas être généralisés à d’autres pays.

 

Sources et références

1 Friedman, A. S., Liber, A. C., Crippen, A., & Pesko, M. F. (2025). E-cigarette flavor restrictions’ effects on tobacco product sales. American Journal of Health Economics. Advance online publication. https://doi.org/10.1086/734689

2 Friedman, A. S., Pesko, M. F., & Whitacre, T. R. (2024). Flavored E-Cigarette Sales Restrictions and Young Adult Tobacco Use. JAMA health forum, 5(12), e244594. https://doi.org/10.1001/jamahealthforum.2024.4594

3 Chad D. Cotti, Charles J. Courtemanche, Yang Liang, Johanna Catherine Maclean, Erik T. Nesson, and Joseph J. Sabia, “The Effect of E-Cigarette Flavor Bans on Tobacco Use,” NBER Working Paper 32535 (2024), https://doi.org/10.3386/w32535

4 Saffer, H., Ozdogan, S., Grossman, M., Dench, D., & Dave, D. (2025). Comprehensive E-Cigarette Flavor Bans and Tobacco Use Among Youth and Adults. Health economics, 34(12), 2238–2254. https://doi.org/10.1002/hec.70030

5 Cheng, D., Lee, B., Jeffers, A. M., Stover, M., Kephart, L., Chadwick, G., Kruse, G. R., Evins, A. E., Rigotti, N. A., & Levy, D. E. (2025). State E-Cigarette Flavor Restrictions and Tobacco Product Use in Youths and Adults. JAMA network open, 8(7), e2524184. https://doi.org/10.1001/jamanetworkopen.2025.24184

6 Cadham, C. J., Liber, A. C., Sánchez-Romero, L. M., Issabakhsh, M., Warner, K. E., Meza, R., & Levy, D. T. (2022). The actual and anticipated effects of restrictions on flavoured electronic nicotine delivery systems: a scoping review. BMC public health, 22(1), 2128. https://doi.org/10.1186/s12889-022-14440-x

7 Begh, R., Conde, M., Fanshawe, T. R., Kneale, D., Shahab, L., Zhu, S., Pesko, M., Livingstone-Banks, J., Lindson, N., Rigotti, N. A., Tudor, K., Kale, D., Jackson, S. E., Rees, K., & Hartmann-Boyce, J. (2025). Electronic cigarettes and subsequent cigarette smoking in young people: A systematic review. Addiction (Abingdon, England), 120(6), 1090–1111. https://doi.org/10.1111/add.16773

8 Davis, Brad and Friedman, Abigail and Pesko, Michael, Restricting Sales of Flavored Nicotine Vaping Products: Effects on Cigarette and Nicotine Vaping Product Sales in Canada (November 10, 2025). Available at SSRN: http://dx.doi.org/10.2139/ssrn.5705282

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