Cette semaine, les buralistes français descendent dans la rue. En cause : un système de rémunération que la profession juge intenable, conjugué à l’essor d’un marché parallèle qui grignote ses ventes à chaque nouvelle augmentation de prix.
Une mobilisation nationale contre la « spirale fiscale » du tabac

Plusieurs manifestations ont été prévues tout au long de la semaine de mobilisation. Des rassemblements qui auront lieu dans des villes moyennes, et non des grandes métropoles, parce que « la crise du réseau concerne la France des villes moyennes, des centres-bourgs, des campagnes et des périphéries », explique la confédération.
Au cœur de leurs revendications, l’augmentation incessante du prix du paquet de cigarettes. « Si la fiscalité augmente, nous serons en danger de mort », indique Serdar Kaya, qui ajoute que « depuis deux ans, avec la baisse des ventes, les recettes fiscales liées au tabac baissent. Si, à Bercy, ils pensent que l’augmentation du prix du tabac est une solution pour trouver des recettes, ils se trompent. » Les buralistes réclament ainsi le gel de la fiscalité du tabac et la fin de l’indexation automatique du prix des cigarettes sur l’inflation.
Comment sont rémunérés les buralistes
Pour comprendre la grogne des buralistes, il faut se pencher sur la manière dont ils sont rémunérés pour la vente des cigarettes. Lorsqu’un commerçant vend un paquet de 20 cigarettes 13 €, l’État récupère 10,79 €, soit 83 % du prix. Cette somme est composée de la TVA et du droit d’accise. De son côté, le buraliste récupère 1,34 €, soit 10,29 % du prix de vente. Cette somme est appelée « remise brute ».
De cette remise brute doivent être déduits le droit de licence et la cotisation au régime de retraite additionnel obligatoire (régime d’allocations viagères des gérants de débits de tabacs, ou R.A.V.G.D.T.) Le montant restant, soit 1,09 €, représente la remise nette, c’est-à-dire la somme réellement empochée par le buraliste.
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Un marché parallèle qui s’accélère
Le tabac étant le produit phare des buralistes, la baisse du nombre de fumeurs impacte donc directement leurs revenus. Et à chaque nouvelle hausse du prix du tabac, le nombre d’achats chez les buralistes diminue encore, et leurs revenus aussi. Ainsi, pour Xavier Dupont, trésorier général de la Confédération des buralistes, « chaque euro, chaque centime rajouté au prix du paquet, c’est un cadeau fait aux trafiquants et aux réseaux mafieux. » Une lecture corroborée le 8 septembre par la Cour des comptes européenne, qui chiffre à 13 milliards d’euros les pertes budgétaires annuelles liées au commerce illicite du tabac dans l’UE, et pointe une hausse marquée de la production illégale sur le sol européen, désormais détectée dans presque tous les États membres.
Car c’est bien là l’une des limites du modèle actuel pointé du doigt par les buralistes : la hausse du prix du tabac ne ferait que peu diminuer le nombre de fumeurs. Elle les conduirait surtout à s’approvisionner ailleurs, que ce soit au marché noir ou dans d’autres pays où la fiscalité sur les cigarettes est plus clémente. En 2025, les saisies de tabac auraient connu une hausse de 12 % par rapport à l’année précédente, pour s’établir à 547,9 tonnes.
Dans un rapport du Sénat daté du 30 mai 2024, la commission des affaires sociales a préconisé de poursuivre la hausse du prix du tabac d’au moins 3,25 % par an hors inflation, « ce qui reviendrait à porter le prix du paquet de cigarettes à 20 euros ». Une mesure justifiée par la position de l’OMS pour qui la fiscalité est le meilleur moyen de lutter contre le tabagisme.
Aucun écho politique, hormis le RN
Cette situation, dénoncée par la profession, ne semble pour l’instant n’avoir trouvé aucun écho politique, si ce n’est auprès de Marine Le Pen, qui s’est adressée aux buralistes par le biais d’une lettre ouverte. Une bonne nouvelle pour certains, mais du simple « clientélisme » pour d’autres. Symboliquement, la dernière manifestation des buralistes est prévue le 11 septembre à Vernon (27), ville dans laquelle Sébastien Lecornu, Premier ministre, est également premier adjoint au maire.
La situation des buralistes n’est pour autant pas inconnue des pouvoirs publics. En octobre 2018, dans le cadre du premier protocole État-buralistes, le fond de transformation a été créé.
Doté d’une enveloppe d’environ 20 millions d’euros par an, il a pour objectif d’aider les buralistes à diversifier leur activité pour compenser la baisse structurelle des ventes de tabac. Chaque établissement peut ainsi être accompagné à hauteur d’un maximum de 33 000 € pouvant couvrir jusqu’à 40 % des dépenses en mobilier et équipement afin de permettre au commerce de se doter de nouveaux équipements lui permettant d’élargir le périmètre de ses activités. Parmi les grands changements souvent opérés dans les établissements : la création d’un espace dédié au vapotage.
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