Le baromètre de Santé Publique France occupe une place centrale dans les outils de suivi épidémiologique du gouvernement. Sa dernière itération a été publiée le 11 décembre dernier, de quoi constater une belle chute du tabagisme.

Tendance à la baisse

Le baromètre Santé Publique France portant sur les chiffres de 2024 a été publié le 11 décembre 2025. Conduit à intervalles réguliers auprès d’échantillons représentatifs de la population adulte, avec la méthode déclarative, il permet de documenter les évolutions de long terme, de mettre en lumière les inégalités sociales de santé et d’éclairer les décisions publiques, qu’il s’agisse de fiscalité, de prévention ou d’aide à l’arrêt.

L’histoire récente du tabagisme en France est marquée par une inflexion nette à partir du milieu des années 2010. Après des décennies de stagnation à des niveaux élevés, la prévalence du tabagisme quotidien a commencé à reculer de manière plus visible, dans un contexte de renforcement des politiques de lutte contre le tabac et des initiatives indépendantes.

L’augmentation continue des prix, l’introduction du paquet neutre, l’élargissement des espaces sans tabac et le développement des dispositifs d’accompagnement à l’arrêt, au premier rang desquels la vape, ont contribué à une “dénormalisation” du tabac.

Les données les plus récentes, issues du baromètre tabac 2024 et publiées le 15 octobre 2025 dans le bulletin épidémiologique hebdomadaire, confirment l’ampleur de cette transformation.

Une génération spontanée sans tabac ?

L’enquête, réalisée auprès de 28 000 personnes âgées de 18 à 75 ans interrogées en 2024, met en évidence une baisse historique du tabagisme quotidien. Celui-ci concerne désormais 18,2 % de la population adulte, soit environ huit millions de fumeurs quotidiens. À titre de comparaison, cette proportion atteignait 28,6 % en 2014.

En l’espace de dix ans, la diminution est donc de plus de dix points, ce qui constitue un recul sans précédent depuis le début des mesures nationales standardisées. Le mouvement s’est en outre accéléré après 2021, suggérant un effet Covid sur les décisions d’arrêt.

L’analyse par classe d’âge montre que cette baisse est générale, mais qu’elle prend des formes différenciées selon les générations. Chez les 18-29 ans, le tabagisme quotidien est passé de 32,5 % en 2014 à 18 % en 2024, soit une diminution de près de quinze points. Cette chute particulièrement marquée traduit un profond changement de rapport au tabac chez les jeunes adultes, pour lesquels fumer n’apparaît plus comme un comportement majoritaire ni socialement valorisé.

Les 30-44 ans suivent une trajectoire comparable, avec une prévalence qui recule de 31 % à 20,5 % sur la même période. Chez les 45-59 ans, le tabagisme quotidien diminue également, passant de 29 à 20 %, tandis que chez les 60-75 ans, il recule de 22 à 14 %. Si la baisse est moins spectaculaire chez les plus âgés, elle n’en demeure pas moins significative, traduisant un effet générationnel progressif et une diffusion de l’arrêt du tabac à l’ensemble de la population adulte.

Tabac et lutte des classes

Le baromètre met cependant en évidence la persistance de fortes disparités socio-économiques. Le tabagisme quotidien reste nettement plus fréquent chez les ouvriers et les employés, où il concerne environ un quart des personnes, contre 12 % seulement chez les cadres. De la même manière, les écarts selon le niveau de diplôme demeurent prononcés, avec 22 % de fumeurs quotidiens parmi les moins diplômés, contre 10 % chez les personnes titulaires d’un diplôme de l’enseignement supérieur.

Chez les plus jeunes adultes, l’enquête apporte également des éléments encourageants. Parmi les 18-29 ans, la part de ceux qui n’ont jamais fumé atteint désormais 44 %, contre 35 % en 2021. Parallèlement, 38 % se déclarent ex-fumeurs, signe que l’entrée dans le tabagisme est de moins en moins fréquente et que les trajectoires d’arrêt sont de plus en plus précoces. Cette double évolution suggère un affaiblissement durable du renouvellement des générations de fumeurs, condition essentielle pour une poursuite de la baisse à long terme.

La vape, traitée mais survolée

La place du vapotage dans ces dynamiques est aussi analysée. En 2024, le vapotage quotidien concerne 2,5 % des 18-75 ans, un niveau stable par rapport aux années précédentes. Il est majoritairement le fait d’ex-fumeurs, parmi lesquels 7 % vapotent quotidiennement, ce qui conforte l’hypothèse d’un usage principalement orienté vers la réduction ou l’arrêt du tabac plutôt que vers une initiation massive chez les non-fumeurs.

Le baromètre souligne par ailleurs une progression de l’intention d’arrêt. Plus d’un fumeur quotidien sur deux, soit 55 %, déclare souhaiter arrêter de fumer, en hausse de cinq points par rapport à 2021, et près de 30 % ont effectué au moins une tentative d’arrêt lors de l’année 2024. Ces données témoignent d’un contexte plus favorable à l’arrêt, même si les tentatives restent souvent difficiles et marquées par des rechutes.

Rien que pour l’année 2024, la chute des ventes du tabac a été de 11,5 %. Néanmoins, si Santé Publique France met en parallèle les déclarations de l’échantillon et les ventes de tabac, le baromètre ne traite pas le sujet du trafic et, surtout, survole l’impact de la vape, le faisant passer pour négligeable. Dommage.

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