Cancer du poumon, rechute : plusieurs études publiées en 2026 associent le vapotage à un risque accru chez les anciens fumeurs, et ont fait les gros titres. Leurs limites sont restées dans l’ombre. Connaître quelques pièges classiques permet pourtant de comprendre pourquoi ces résultats ne démontrent pas que vapoter après avoir arrêté de fumer serait dangereux.

Ce qu’il faut retenir

  • En 2026, plusieurs études ont associé le vapotage chez les anciens fumeurs à davantage de cancers du poumon ou de rechutes, et des médias français en ont tiré des titres alarmistes.
  • Ces études sont observationnelles : elles montrent des associations, pas des liens de cause à effet.
  • Les anciens fumeurs qui vapotent ont souvent arrêté de fumer plus récemment que les autres, un biais qui explique une partie des résultats.
  • L’étude coréenne sur le cancer du poumon ne distinguait pas la vape du tabac chauffé, et ses chiffres les plus frappants reposent sur quelques cas.
  • Le seul essai randomisé disponible trouve moins de rechutes chez les anciens fumeurs qui vapotent.
  • Comparés aux fumeurs, les ex-fumeurs qui vapotent restent avantagés.
  • Cinq questions à se poser : quand, quoi, quel, combien et qui ?

Des titres de presse alarmistes

« Vapoter après avoir arrêté de fumer : un mauvais calcul pour les poumons ? », s’interrogeait Pourquoi Docteur le 18 juin 2026. Quatre jours plus tard, Doctissimo titrait : « Cancer du poumon : vapoter après l’arrêt du tabac augmenterait les risques de 56 % selon une nouvelle étude ». Les deux sites reprenaient une étude sud-coréenne, signée Kim et al., tout juste publiée dans la revue Nature Medicine1. Portant sur plus de 4,5 millions d’adultes, elle associe le vapotage après l’arrêt du tabac à un risque de cancer du poumon plus élevé de 56 % que chez les anciens fumeurs qui ont tout arrêté. Nous avions alors analysé cette étude et montré que ses auteurs eux-mêmes jugeaient impossible d’établir un lien de cause à effet, et que leur analyse la plus rigoureuse ne produisait plus de résultat significatif. Doctissimo, qui continuait de partager son article sur les réseaux sociaux en octobre, présentait pourtant dès son chapô cette simple association comme une certitude.

Cette étude n’est pas la seule à mettre en cause le vapotage chez les anciens fumeurs. Par exemple, nous pourrions citer trois autres travaux publiés en 2026, qui portent sur la rechute des anciens fumeurs qui vapotent, c’est-à-dire leur retour à la cigarette.

En juin, une étude de l’American Cancer Society publiée dans BMJ Open2 a trouvé que les anciens fumeurs ayant vapoté rechutaient plus souvent que ceux qui avaient utilisé des substituts nicotiniques. Une étude américaine parue dans Addictive Behaviors3 a associé le fait de commencer à vapoter à un retour à la cigarette. Fin septembre, une autre équipe sud-coréenne, Huh et al., a conclu dans la revue Tobacco Control4 que la vape et le tabac chauffé, bien qu’associés à davantage d’arrêts de la cigarette, favorisaient aussi les rechutes. Pourtant, une analyse tirée d’un essai britannique, parue en janvier dans la revue Addiction5, aboutissait au résultat inverse : il y aurait moins de rechutes chez les vapoteurs que chez les ex-fumeurs ayant utilisé des substituts nicotiniques.

Et la question de la rechute mérite d’être posée. Comme le rappellent les auteurs de l’essai britannique, les fumeurs qui parviennent à arrêter grâce à la cigarette électronique continuent souvent de vapoter. Si la vape augmentait réellement leur risque de cancer ou de rechute, faudrait-il leur conseiller d’arrêter aussi la vape, au risque de les voir revenir au tabac ? C’est en tout cas ce que pourraient laissent penser ces études en les prenant au pied de la lettre.

Pourtant, lorsqu’on les lit attentivement, elles sont bien moins concluantes que ce que laissent penser les reprises dans la presse, et elles illustrent à la perfection des pièges que l’on retrouve dans de nombreuses études sur le vapotage.

Observer n’est pas prouver

La plupart des études qui ont fait parler d’elles sont dites « observationnelles ». Les chercheurs suivent un grand nombre de personnes, notent qui vapote et qui ne vapote pas, puis comparent ce qui leur arrive dans le temps. Ce type d’étude permet de montrer des associations, c’est-à-dire deux choses qui vont ensemble. Mais il ne montre absolument pas que l’une cause l’autre.

Pour établir un véritable lien de cause à effet, l’outil de référence scientifique est l’essai randomisé. Dans ce type d’étude, les participants sont répartis au hasard entre deux groupes, qui ne diffèrent que par le produit reçu (une cigarette électronique ou un substitut nicotinique, par exemple). Si un écart apparaît ensuite, il peut être attribué au produit. Nous détaillons ces différences dans notre guide pour comprendre les différents types d’études scientifiques sur la cigarette électronique.

Parmi les études présentées plus haut, une seule est un essai randomisé. Et il s’agit justement de la seule à trouver moins de rechutes chez ceux qui vapotent. Mais alors, comment lire ces études, et quels pièges peuvent conduire à une mauvaise interprétation ?

Étude Type Ce qu’elle trouve Principale limite
Kim et al.1, Corée Observationnelle Plus de cancers du poumon chez les ex-fumeurs qui vapotent Vapoteurs ayant arrêté de fumer plus récemment
Westmaas et al.2, États-Unis Observationnelle Plus de rechutes après un usage passé de la vape Effet nettement réduit après prise en compte de la durée d’arrêt
Ozga et al.3, États-Unis Observationnelle Plus de rechutes chez ceux qui commencent à vapoter Rechute et vapotage mesurés au même moment
Hajek et al.5, Royaume-Uni Essai randomisé Moins de rechutes dans le groupe vape Abstinence déclarée, non vérifiée
Sources : Nature Medicine, BMJ Open, Addictive Behaviors, Addiction (2026).

Quand ont-ils arrêté de fumer ?

Premier piège : ne pas tenir compte du temps écoulé depuis l’arrêt du tabac. Imaginez que l’on compare la santé de deux groupes d’anciens fumeurs : les uns ont arrêté il y a un an, les autres il y a vingt ans. En principe, les seconds seront presque toujours en meilleure santé. Et ce n’est pas lié à ce qu’ils font aujourd’hui, au fait qu’ils vapotent ou non, mais simplement au temps écoulé, puisque le risque de cancer du poumon diminue progressivement après l’arrêt, et le risque de rechute baisse lui aussi avec les années.

La cigarette électronique étant un produit « récent », une personne qui a arrêté de fumer avant le milieu des années 2000 n’a jamais eu l’occasion de l’utiliser pour y parvenir. Les anciens fumeurs qui vapotent ont donc, en moyenne, arrêté plus récemment que les autres. Si l’étude ne tient pas compte de cet écart, elle risque d’attribuer à la vape ce qui relève simplement du calendrier.

Et c’est précisément la critique formulée par l’un des relecteurs de l’étude de Kim et al.1. Dans son rapport, rendu public par la revue, il relève que les vapoteurs représentent 3 % des personnes ayant arrêté récemment, contre 0,4 % de celles ayant arrêté depuis longtemps. Selon lui, le résultat est « probablement un artefact » de cet écart.

Les chiffres de l’étude lui donnent d’ailleurs raison. Chez les personnes ayant arrêté récemment, pour qui l’écart de calendrier est donc le plus faible, l’association entre vapotage et cancer du poumon est à peine significative. Elle ne l’est même plus du tout pour les décès par cancer du poumon.

D’autres différences, parfois invisibles dans les données, peuvent aussi jouer. Le même relecteur souligne, par exemple, que l’âge auquel les participants ont commencé à fumer, facteur connu du risque de cancer, n’a pas été mesuré. Et les vapoteurs sud-coréens auraient justement commencé à fumer plus tôt que les autres fumeurs.

Le biais lié au temps écoulé depuis l’arrêt se retrouve aussi dans l’étude américaine de l’American Cancer Society publiée par BMJ Open2. Les anciens fumeurs ayant utilisé la vape avaient arrêté depuis 9 ans en médiane, contre 14 ans pour ceux ayant utilisé des substituts nicotiniques. Une fois cette durée prise en compte, le risque de rechute associé à la vape passe de 2,9 à un peu moins de 2 fois celui des substituts. Aucune autre variable ne le fait autant baisser. Soulignons toutefois que, dans cette recherche, le surrisque reste significatif. Ce biais n’explique donc qu’une partie du résultat, mais pas tout.

Qu’est-ce qui est arrivé en premier ?

Deuxième piège : ne pas savoir ce qui est arrivé en premier. Un fumeur qui ressent de premiers symptômes, encore non diagnostiqués, peut être plus motivé pour arrêter de fumer et passer à la vape. Si un cancer est ensuite découvert, la vape semblera en être la cause, alors que la maladie était en fait déjà là. Pour éviter ce problème, Kim et al. ont exclu les cancers diagnostiqués dans l’année suivant le début du suivi. Mais comme le note le relecteur, une seule année est bien insuffisante, puisque des symptômes peuvent précéder le diagnostic de plusieurs années.

L’étude d’Ozga et al.3, fondée sur les données américaines PATH, illustre le même problème avec la rechute. Les anciens fumeurs qui ont commencé à vapoter entre deux vagues de l’enquête étaient plus souvent revenus à la cigarette. Mais les deux comportements sont mesurés au même moment : impossible de savoir si la vape a conduit à la rechute, ou si la personne qui recommençait à fumer s’est aussi mise à vapoter.

Et un détail de cette étude mérite d’être souligné : ceux qui vapotaient de façon continue, sur les deux vagues, ne rechutaient pas significativement plus que ceux qui ne vapotaient pas du tout.

Quel produit a été mesuré ?

Troisième piège qui peut se présenter : ne pas savoir quel produit a réellement été mesuré. En 2018, année de référence de l’étude de Kim et al., le questionnaire de santé national ne permettait pas de distinguer la cigarette électronique du tabac chauffé. Or le tabac chauffé dominait alors largement le marché sud-coréen des produits sans combustion. Le relecteur cite des données de 2017 : 17,1 % du marché du tabac pour le tabac chauffé, contre 0,6 % pour la cigarette électronique.

Une part importante des « vapoteurs » de l’étude, peut-être même la majorité, pourrait donc être en réalité des utilisateurs de tabac chauffé, un produit qui, contrairement à la cigarette électronique, contient du tabac. Les auteurs contestent la critique du relecteur, mais la revue scientifique leur a quand même demandé d’inscrire cette limite dans l’article.

Combien de cas derrière les chiffres ?

Quatrième piège : se fier à la taille de l’échantillon. Chez Kim et al., l’échantillon annoncé est de 4,5 millions de participants. Si le chiffre peut sembler impressionnant, les résultats les plus frappants de cette recherche reposent parfois sur quelques cas seulement. Par exemple, le risque de décès par cancer du poumon multiplié par 2,6 chez les vapoteurs ayant arrêté de fumer depuis longtemps repose… sur 5 décès.

Pour juger de la solidité d’un chiffre, il faut regarder son « intervalle de confiance », c’est-à-dire la fourchette de valeurs compatibles avec les données. Si cette fourchette inclut 1, aucune différence n’est démontrée. C’est justement le cas de l’analyse la plus rigoureuse de cette étude, qui tenait compte de l’évolution des comportements après 2018 : sur 31 cas de cancer, l’écart entre ex-fumeurs vapoteurs et non-vapoteurs n’était plus significatif.

À qui compare-t-on les vapoteurs ?

Cinquième et dernier piège que ces études illustrent : oublier à quoi l’on compare. Le choix du groupe de comparaison dans une étude peut radicalement changer le message. Par exemple, comparés aux anciens fumeurs qui ont tout arrêté, les ex-fumeurs vapoteurs de l’étude de Nature Medicine présentent plus de cancers du poumon. Mais lorsqu’on les compare aux fumeurs, ils restent avantagés puisque leur mortalité toutes causes est inférieure de 23 %. Les auteurs écrivent d’ailleurs eux-mêmes que les bénéfices de l’arrêt du tabac « ne sont pas éliminés ». Et pour un fumeur, la question pertinente est de savoir s’il vaut mieux vapoter ou continuer de fumer, et non s’il vaut mieux vapoter ou ne rien consommer.

De la même manière, le critère de réussite compte tout autant. L’étude de Huh et al., publiée dans Tobacco Control4 et portant sur 7,26 millions d’adultes, trouve que la vape et le tabac chauffé sont associés à davantage d’arrêts de la cigarette, mais aussi à moins d’arrêts de toute consommation de nicotine. Selon que l’on compte comme succès l’arrêt du tabac ou l’arrêt de la nicotine, la même étude peut donc donner des titres opposés. Tout dépend finalement du critère que l’on choisit de mettre en avant.

Ce que disent les essais

Finalement, concernant la rechute, le seul résultat issu d’un essai randomisé va dans le sens inverse des études observationnelles. Hajek et al.5 ont réanalysé un essai britannique dans lequel 886 fumeurs avaient reçu, par tirage au sort, soit des substituts nicotiniques, soit une cigarette électronique. Parmi ceux qui avaient arrêté de fumer, la rechute était 22 % moins fréquente dans le groupe vape.

Les auteurs reconnaissent des limites à leur travail : l’abstinence était déclarée et non vérifiée biologiquement, et le suivi s’arrêtait à un an. Ils estiment toutefois que la comparaison entre groupes tirés au sort « suggère une causalité ». Et cet essai a été financé par l’organisme public de recherche britannique NIHR et par Cancer Research UK. Nous sommes donc loin d’une étude simplement destinée à faire du lobbying en faveur du vapotage.

Même l’étude américaine de BMJ Open2 nuance son propre message. Chez les anciens fumeurs qui vapotaient encore au moment de l’enquête, la rechute n’était pas plus fréquente qu’avec les substituts nicotiniques (8,2 % contre 7,8 %). Et chez les fumeurs, ceux qui avaient utilisé la vape avaient plus souvent arrêté que ceux qui avaient utilisé des substituts (26 % contre 17 %). Ce dernier résultat rejoint ceux des nombreuses revues systématiques sur l’efficacité du vapotage pour arrêter de fumer, dont la plus importante, réalisée par Cochrane.

Certaines revues, comme Nature Medicine, publient les échanges entre les relecteurs et les auteurs. Ces documents, accessibles à tous, révèlent souvent ce que le résumé et les communiqués de presse ne disent pas. Par exemple, pour l’étude de Kim et al., ils montrent qu’un relecteur maintenait, jusqu’à la dernière version, que « les problèmes clés demeurent ».

Ces signaux ne doivent pas être ignorés pour autant. La vape n’est pas sans risque, et l’arrêt complet reste l’objectif idéal. Mais en l’état, ces études ne démontrent pas que vapoter après avoir arrêté de fumer annule les bénéfices de l’arrêt, contrairement à ce que laissent penser certains titres de presse.

Sources et références

1 Kim, Y. W., Park, E. J., Kwak, K. I., Yoon, T. H., Kang, H.-R., Joo, D.-H., Lee, Y. J., Park, J. S., Lee, J. H., & Lee, C.-T. (2026). Electronic cigarette use after smoking cessation and lung cancer risk. Nature Medicine, 32(7), 2410–2419. https://doi.org/10.1038/s41591-026-04469-5

2 Westmaas, J. L., Landry, M., Nighbor, T., Xue, Z., Diver, R. W., Patel, A., Kondo, K. K., Asare, S., Lori, A., Bandi, P., & Nargis, N. (2026). Electronic nicotine delivery systems versus nicotine replacement therapies and risk of smoking relapse: Evidence from a US nationwide prospective cohort (Cancer Prevention Study-3). BMJ Open, 16(6), e111672. https://doi.org/10.1136/bmjopen-2025-111672

3 Ozga, J. E., King Jensen, J., Chen-Sankey, J., Pérez, A., & Stanton, C. A. (2026). New versus continued e-cigarette use and cigarette reuptake among US adults who formerly smoked cigarettes. Addictive Behaviors, 178, 108677. https://doi.org/10.1016/j.addbeh.2026.108677

4 Huh, Y., Kim, H. R., Lee, J. A., & Cho, H.-J. (2026). Transitions in tobacco product use involving combustible cigarettes, heated tobacco products and electronic cigarettes among 7 million South Korean adults: A prospective cohort study. Tobacco Control. Advance online publication. https://doi.org/10.1136/tc-2026-060187

5 Hajek, P., Przulj, D., Myers Smith, K., Li, J., Sasieni, P., Ross, L., McRobbie, H., Goniewicz, M., & Pesola, F. (2026). Continuing use of e-cigarettes after stopping smoking and relapse: Secondary analysis of a large randomised controlled trial. Addiction, 121(4), 994–997. https://doi.org/10.1111/add.70294

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