Les États-Unis ont peut-être trouvé comment contourner l’impossibilité d’appliquer la loi produit par produit, vendeur par vendeur : s’attaquer directement à l’infrastructure du commerce en ligne. Shopify en est la première victime, et probablement pas la dernière.
Une victoire américaine aux répercussions mondiales ?

« Nous avons toujours interdit toute activité illégale et agissons dès que nous prenons connaissance que des commerçants enfreignent nos politiques », a justifié un porte-parole de Shopify, sans pour autant qu’il soit précisé si cette nouvelle interdiction ne s’appliquera qu’aux États-Unis ou dans le monde entier. Soulignons d’ailleurs qu’outre-Atlantique, elle s’appliquera à toutes les vapoteuses vendues en ligne, qu’elles aient été autorisées, ou non, par la Food and Drug Administration (FDA). Un fait qui pose d’ailleurs la question de l’accès à la réduction du risque tabagique aux USA. Avec seulement 45 produits de la vape autorisés, le marché est déjà structurellement étranglé. Et cette interdiction risque de compliquer, encore plus, l’accès à ces rares produits approuvés.
Reuters rapporte également qu’en parallèle, les procureurs américains sont entrés en contact avec Mastercard, l’exhortant à prendre « des mesures plus fermes » pour empêcher que leurs réseaux soient utilisés pour la vente d’e-cigarettes illicites. Pour l’instant, le géant des paiements se serait contenté d’envoyer des courriers à ses partenaires leur indiquant que s’ils enregistrent un commerçant, ils « attestent que tous les contrôles appropriés sont en place » pour s’assurer que ses activités ne violent pas la législation. Mastercard leur aurait également recommandé la mise en place de contrôles impliquant « la révision et l’approbation des stocks de produits du commerçant, ainsi que la surveillance des transactions et des factures. »
Si peu de vape shops utilisent Shopify en France, la méthode américaine n’en reste pas moins inquiétante. Avec cette nouvelle mesure, les procureurs semblent désormais décidés à viser, non plus les vendeurs individuels, mais toute l’infrastructure permettant le commerce. Un « tir groupé » qui rend impossibles les contrôles individuels et qui touche tous les commerçants, y compris ceux qui respectent la législation américaine.
Outre ce fait, la réaction de Shopify à des pressions politiques pose la question de la reproductibilité. Si ce géant du commerce a cédé, qu’est-ce qui empêche le gouvernement de recommencer la manœuvre avec d’autres plateformes, ou pour d’autres produits dont la vente ne plaît simplement pas au pouvoir politique en place ? Amazon, WooCommerce, Stripe, PayPal, etc., seront-elles les prochaines plateformes visées ?
Ce n’est pas la première fois que les États-Unis utilisent cette méthode pour s’en prendre à un acteur en ligne. En 2010, des pressions politiques avaient conduit Visa, Mastercard, PayPal, Western Union et Bank of America à bloquer tous les paiements à destination de WikiLeaks. En 2020 et 2022, c’était au tour de Pornhub et TrafficJunky, la régie publicitaire de sa maison-mère, MindGeek, d’être bloqués par Visa et Mastercard.
Dans le reste de l’actu de la vape
