Le compte à rebours est lancé. Emmanuel Macron presse Sébastien Lecornu d’adopter le budget 2026 dès cette fin de semaine. Pour y parvenir, deux options constitutionnelles s’offrent au gouvernement : le 49.3 ou le 47.3. Mais pour la filière française du vapotage, le choix entre ces deux articles n’a rien d’anodin. L’un laisse une lueur d’espoir, l’autre pourrait sonner le glas des boutiques indépendantes et de la vente en ligne.
Où en est l’article 23 du PLF 2026 ?
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- Les débats sur le PLF 2026 ont repris à l’Assemblée nationale. Mais ils n’iront probablement pas jusqu’au bout ;
- Le Président de la République et tous les parlementaires souhaitent tourner la page du budget ;
- Un compromis étant impossible, le PLF 2026 devrait passer « en force », à l’aide des articles 49.3 ou 47.3 de la Constitution ;
- En cas d’utilisation du 49.3, il est impossible de savoir quelle version de l’article 23 serait adoptée puisque le gouvernement pourra lui-même choisir d’y intégrer des amendements déjà discutés, qui pourraient autant être favorables que défavorables à la filière ;
- En cas d’utilisation du 47.3, c’est la version initiale du PLF 2026 qui serait adoptée. Fin de la vente en ligne, taxation des e-liquides à hauteur de 3 ou 5 centimes/ml en fonction de leur taux de nicotine, et obligation d’agrément pour les vape shops ;
- Emmanuel Macron souhaite que le Premier ministre ait recours au 47.3. Il presse pour qu’un budget soit adopté en force dès la fin de cette semaine ;
- L’épilogue de cet épisode budgétaire s’approche, et avec lui, la mort potentielle de la filière française indépendante de l’industrie du vapotage. Seul espoir qui semble subsister : une censure du gouvernement.
Un passage en force inévitable

La version du PLF 2026 qui est actuellement au centre des débats est celle adoptée par le Sénat. Pour la filière française du vapotage, cette mouture est bien plus clémente que le projet initial du gouvernement, puisque la taxation des e-liquides est portée à un niveau nul pour l’année 2026, la vente en ligne des produits du vapotage reste autorisée, et l’obligation d’agrément pour les boutiques physiques n’existe plus.
Les professionnels peuvent-ils pour autant se réjouir ? Loin de là. Débats parlementaires obligent, cette version de l’article 23 est sujette à changement par le biais de potentiels amendements déposés à l’Assemblée nationale. La taxe, l’agrément, ou l’interdiction de la vente en ligne pourraient donc revenir à tout moment si le Palais Bourbon en décidait ainsi.
Mais les débats parlementaires de ces derniers mois l’ont montré : il est hautement improbable, pour ne pas dire impossible, que les députés arrivent à un compromis sur le budget français. Une situation qui devrait obliger le gouvernement à faire passer le texte « en force », et ce dans les jours à venir.
Pour ce faire, il dispose de deux options.
Le 49.3
L’article 49.3 de la Constitution est déjà bien connu des Français. Son objectif est simple : clore le débat à l’Assemblée sur le texte en cours de discussion.
En cas de recours au 49.3, le gouvernement peut composer sa propre version du texte en sélectionnant les amendements qui lui conviennent parmi ceux débattus. Il ne s’agit ni du texte initial ni de la version votée par le Sénat, mais d’une version que le gouvernement compose lui-même. Autrement dit, si un amendement défavorable à la filière a été déposé (même s’il a été rejeté en séance), le gouvernement pourrait décider de le retenir dans sa version finale.
Le 47.3
L’article 47.3 de la Constitution représente la seconde solution à disposition du gouvernement. Il s’agit de faire passer le budget à l’aide d’ordonnances. Cet article peut être utilisé en cas de non-prononcé du Parlement dans un délai de 70 jours à compter de la date de dépôt du projet de loi de finances. Ce dernier ayant été déposé le 14 octobre 2025, cette période courait jusqu’au 23 décembre 2025. Depuis cette date, le gouvernement peut donc faire appel à l’article 47.3.
Son utilisation est radicalement différente du 49.3. Alors que ce dernier permettrait d’adopter le PLF 2026 dans sa version actuelle, potentiellement modifiée par des amendements sélectionnés, l’article 47.3 permettrait de l’adopter dans sa version initiale. Pour la filière française du vapotage, le recours à cet article signifierait la mise en place d’une accise sur les e-liquides à hauteur de 0,03 €/ml pour les produits contenant moins de 15 mg/ml de nicotine, et de 0,05 €/ml au-delà. Les boutiques physiques ne pourraient plus poursuivre leur activité sans avoir, au préalable, obtenu un agrément des douanes. Et la vente en ligne des produits de vapotage serait interdite. Le recours à l’article 47.3 signerait donc la mort de la filière indépendante.
Deux mauvaises solutions
Quelle que soit la solution qui sera choisie par le gouvernement, une, ou plusieurs motions de censure seront déposées dans la foulée. La question qui se posera alors sera celle de leur adoption ou non par l’Assemblée nationale.
En cas de vote d’une future censure, qui serait déposée lors de l’utilisation des articles 49.3 ou 47.3, le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a averti : une censure vaudrait dissolution du gouvernement. L’homme a même laissé planer la menace d’élections législatives anticipées, en même temps que les municipales, prévues pour les 15 et 22 mars prochain. Pour la vape, une censure du gouvernement serait la bienvenue, puisqu’elle empêcherait l’adoption d’un budget dans l’immédiat. En fait, la chute du gouvernement représente aujourd’hui le dernier espoir de la vape française.
En cas d’absence de censure, en revanche, le PLF 2026 serait adopté, et les politiques pourraient enfin tourner la page d’un budget qui n’en finit plus d’agiter le pays.
Selon Le Figaro, c’est bien le 47.3 et ses fameuses ordonnances qui ont les faveurs d’Emmanuel Macron, que la longueur de cet épisode budgétaire commence à irriter. Le quotidien rapporte ainsi que le Président de la République aurait pressé Sébastien Lecornu pour faire passer en force le budget, et ce, dès cette fin de semaine.
Il faut dire que le 47.3 possède de nombreux atouts. D’abord, parce qu’il permettrait au gouvernement de faire passer le PLF 2026 dans sa version initiale, donc sans aucun amendement voté par les parlementaires. « Le Président n’a qu’à signer l’ordonnance et il y a un budget dès le lendemain », a expliqué un familier de l’Élysée.
Ensuite, parce qu’un recours à l’article 49.3 nécessiterait d’utiliser ce procédé à plusieurs reprises. Et à chacune d’elles, une ou plusieurs motions de censure seraient déposées, avec, à chaque fois, le risque qu’elles soient votées et que le gouvernement tombe.
La filière française du vapotage n’a jamais été si proche du précipice.
L’avenir de la filière du vapotage en un tableau
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Retrouvez ci-dessous le résumé des débats à l’occasion de la commission des finances du 8 janvier 2026.
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