L’arrêt du tabac marque souvent l’envie de reprendre sa vie en main d’une façon plus générale. Perdre du poids, refaire du sport, profiter de sa belle respiration toute neuve. Mais toute cette belle allégresse doit être gérée pour pouvoir la faire durer. Quelques conseils de pros.

Syndrome de la défume

Tout professionnel de la vape connaît le syndrome, il en a peut-être été victime lui-même : un fumeur de longue date passe à la vape. Et ça marche ! Il écrase son dernier mégot. Et précistons au passage que si, par défaut, nous utilisons le masculin, ça fonctionne aussi pour les (ex-)fumeuses.

Au bout de quelques jours, il commence à ressentir des choses étranges : le goût s’améliore, il perçoit mieux les odeurs. Et surtout, il respire mieux. Un matin, en arrivant au travail, il est pris d’une soudaine crise de folie : au lieu d’attendre l’ascenseur, il se dirige vers l’escalier.

Inutile de rêver, néanmoins : arrivé à la dernière marche, il ne va pas lever les bras en l’air et sautiller comme Stallone dans Rocky. Des années de tabagisme, de vie sédentaire, d’alimentation trop riche et d’apéros trop fréquents vont vite se rappeler à lui. Mais la graine est semée : l’ex-fumeur est pris d’une envie, celle d’améliorer sa forme physique.

Et c’est très bien, à condition d’être réaliste. Pour l’ex-fumeur de 40 ou 50 ans qui rêve de retrouver un corps de 20 ans, dites-vous que ce n’est pas possible : son occupant actuel n’acceptera jamais de vous le donner. En revanche, reprendre une pratique sportive est ce qu’il y a de plus efficace, et même, ça peut sembler fou, mais agréable. À condition que ce soit bien fait. Et ça tombe bien, parce que le Vaping Post a transpiré pour vous.

Prenez mon argent

Première étape pour faire du sport : s’équiper. Et c’est Stéphanie, conseillère chez Décathlon au Pays basque, qui va nous guider. “Les boutiques et enseignes de sport sont souvent une bonne première étape, explique-t-elle. Chez Décathlon, mais aussi chez certains de nos confrères, il y a un recrutement sur la base d’une pratique sportive. On nous demande de pratiquer un ou plusieurs sports, pas forcément à haut niveau, mais d’en avoir une très bonne connaissance. C’est logique : si vous venez acheter du matériel pour escalader le Mont-Blanc et que la personne en face de vous n’a pas quitté son canapé depuis vingt ans, elle ne sera sans doute pas la plus à même de vous conseiller sur quoi prendre.

Et son premier conseil, c’est : “Ne me donnez pas trop d’argent au début (rires). Si vous voulez vous équiper pour faire du sport, un tee-shirt, un short ou un pantalon de jogging, une paire de baskets de qualité sans être onéreuse, et vous êtes parés pour la première étape. Ce sont des basiques qui vous resserviront. Ensuite, soit vous avez déjà en tête un sport que vous souhaitez pratiquer, soit vous avez défini un petit panel de choix. Là, c’est assez simple : rapprochez-vous d’un club ou d’une association, près de chez vous, et demandez à faire un essai. La plupart proposent une ou plusieurs séances de tests pour voir si ça vous correspond.”

Mais pas seulement : “Dans les clubs sportifs, vous avez la plupart du temps affaire à des encadrants expérimentés. Soit on vous demandera un certificat médical même pour un essai gratuit, soit les accompagnateurs verront tout de suite s’il vaudrait mieux se faire accompagner par un médecin avant de reprendre le sport. Parce que oui, ne pas se blesser d’entrée de jeu, c’est préférable.”

Enfin, “une fois que vous serez inscrit quelque part, que vous commencerez à pratiquer votre sport, vous pourrez investir dans du matériel et des tenues adaptés à votre pratique et à celle du club. Inutile d’acheter une combinaison grand froid si vous faites de l’escalade dans une salle chauffée, par exemple, ou une bombe si, finalement, vous réalisez que vous préférez le vélo au cheval.” Une bombe ? “Un casque d’équitation”, soupire-t-elle.

Celui qui n’a jamais été seul

Stéphanie parle beaucoup de sports de clubs, collectifs ou non, et on lui en fait la remarque. “On voit passer régulièrement des gens qui viennent s’acheter de quoi faire un footing, en se disant que le running, c’est bien pour commencer. Quand vous en avez déjà fait, pourquoi pas ? Mais si vous arrêtez le tabac, que vous avez eu une vie un peu sédentaire, vous ne savez pas à quoi vous attendre. La première course, vous allez vous dire : ‘tiens, je vais faire le tour de la moitié de la ville en petites foulées pour commencer soft.’ Dans les faits, si vous arrivez à faire la moitié du tour de votre pâté de maisons, ce sera beau.”

Et c’est là que les problèmes arrivent. “Là vous serez déçu, vous aurez mal, avec les restes de tabac, vous allez cracher vos poumons, et vous aurez l’impression d’avoir vécu l’enfer. Pourtant, ce n’était que la partie facile. Parce que la vraie difficulté, c’est de se dire que, demain, on recommence. Allez sur les sites de vente de vêtements d’occasion, vous trouverez des équipements complets de running état neuf, servi une fois.”

Le conseil de la pro, donc, c’est : “Tournez-vous vers un club, une association, voire recrutez quelques amis, passez une annonce sur les réseaux sociaux, que sais-je encore ? Mais si vous êtes plusieurs, il y aura un effet de motivation entre les coureurs, une sorte d’émulation. On ne parle pas de compétition, juste de se dire : si le gars ou la fille en face est un peu plus lourd, un peu plus vieux que moi et qu’il ou elle y arrive, alors je dois pouvoir le faire.”

Le tout en restant lucide. “Fixez-vous un objectif raisonnable, et répétez-le. Et quand vous sentez que vous maîtrisez bien l’objectif, fixez-vous-en un légèrement plus élevé, mais toujours raisonnable par rapport aux capacités que vous avez acquises. Ça va beaucoup plus vite que ça en donne l’impression. Point important : dans un groupe, on a souvent un compétiteur, celui qui veut aller plus loin, plus vite, plus fort. Ces gens ne veulent pas votre intérêt, ils veulent juste briller. Ne les suivez pas, c’est le meilleur moyen de vous sentir rabaissé, et de vous blesser. Faites votre truc, et si vous arrivez un quart d’heure après tout le monde, eh bien, vous êtes arrivé, c’est le principal, vous n’y seriez sans doute pas parvenu il y a peu.”

Moi, Monsieur Univers

Il y en a que les sports de clubs barbent, que la course à pied font défaillir, et qui veulent faire de la musculation. “C’est le moment où je vous dis que, chez Décathlon, nous avons aussi tout ce qu’il faut pour ça, dit en souriant Stéphanie. Plaisanterie à part, la musculation, c’est très bien aussi. Là encore, il y a des basiques : achetez-vous des haltères, ce sera un bon début.”

Mais surtout : “N’hésitez pas à demander conseil. C’est là l’intérêt de mettre des sportifs dans des magasins de sport : les appareils de musculation sont très efficaces, quand on sait s’en servir. Et les conseillers sont là pour vous guider, pas seulement sur le choix de votre matériel, mais sur la façon dont on s’en sert. Déjà, encore, pour éviter de vous blesser. Parce que vous pouvez faire de la musculation dans une mauvaise position sans forcément vous en rendre compte, et un matin, vous essayez de vous lever, mais votre dos est bloqué. Ou simplement, vous voulez ressembler à Monsieur Muscle, mais vous achetez le nécessaire pour avoir une musculature sèche, ce qui est bien, mais vous serez déçu. Enfin, le prix ne fait pas le muscle : vous pouvez faire des merveilles avec un banc premier prix, à condition de savoir vous en servir.”

“Les salles de sport proposent souvent une séance de coaching offerte à l’inscription, souligne-t-elle. Et vous avez tous les appareils à disposition. Là, c’est simple. Mais si vous préférez travailler de chez vous, mon conseil, c’est de prendre un coach pour quelques séances. Là, vous aurez un pro qui va vous expliquer comment faire, définir avec vous quoi faire, et vous motiver. Ça coûte cher, mais ça vaut le coup. Et cet argent est mieux investi là que dans des cigarettes.”

Il nous faut donc, pour prendre la suite de Stéphanie, un coach. Et ça tombe bien, nous en avons un que nous rejoignons au pas de course, évidemment.

Coache toutes les cases

Thierry Tsagalos est coach sportif à Montpellier (CoachpersoFr sur FB et Insta), et c’est un métier. “Je suis coach à domicile et à distance. J’ai commencé comme trainer, j’ai managé des équipes de coachs dans des salles de sport, avant de devenir indépendant.” Coach à distance ? “Oui, en photo, vidéo, on peut coacher des clients autonomes à distance, ils ont une appli via mon site Web pour pouvoir être en contact.”

Et le sujet de la reprise du sport après l’arrêt du tabac, il connaît bien. “J’ai eu un certain nombre de clients qui ont repris le sport après l’arrêt de la cigarette pour éviter de prendre du poids. Parce que la cigarette brûle des calories, et qu’on a tendance, en plus, à compenser l’envie par la nourriture. Et puis, souligne Thierry, arrêter le tabac coïncide souvent avec l’envie plus large de changer de style de vie, de reprendre un rythme et des habitudes plus saines.”

Son conseil : “Ne pas commencer trop vite, trop fort. Solliciter l’avis d’un pro pour le guider. Avant tout, éviter les déconvenues. On en voit trop qui se lancent à fond, courent une heure, et finissent hors service, avec des douleurs articulaires en prime.”

Le sport ne commence pas forcément par le sport. “L’idéal, c’est d’avoir une réforme alimentaire, une alimentation plus saine, plus équilibrée. Cela, on le combine avec un travail de musculation basé sur la surcharge progressive. Concrètement, avoir des haltères auxquelles on ajoute des poids petit à petit.”

La musculation est très efficace dans la perte de poids. “Avec la musculation, on augmente la masse musculaire et donc le métabolisme. Ce qui veut dire que, même au repos, on consommera plus de calories.” Ce qui est parfait dans une démarche de maîtrise du poids.
Il y a des différences d’âge : “quand on arrête la cigarette à trente ans, un coach vous accompagnera dans votre avancement sur la pratique sportive. Mais si on arrête à cinquante ou soixante ans, la problématique est différente, on est plus prisonnier de ses habitudes. Le travail du coach sera alors plus un travail sur le mental, pour vous aider à vous ouvrir à des changements d’habitude.”

Thierry Tsagalos est formel : “Arrêter de fumer, c’est le plus beau cadeau que vous puissiez vous faire. C’est un cadeau pour votre santé, c’est un cadeau financier.”

Toubib or not toubib

Bon, d’accord, mais est-ce que tout cet exercice physique n’est pas dangereux ? Ne risque-t-on pas de s’écrouler raide mort ? Bref, faut-il un avis médical ?

“Quand vous arrêtez de fumer, en dessous d’un certain âge, les médecins ne vont pas vous faire faire un bilan complet, du moins, c’est très rare, précise Thierry Tsagalos. Mais une consultation chez votre médecin généraliste n’est jamais inutile si ça vous rassure. Ceci dit, des coachs font des bilans pour mesurer certains paramètres. Taux de masse musculaire, de masse grasse, on a même des appareils qui mesurent la santé cellulaire. Ce sont des résultats fiables, qu’on peut envoyer aux médecins si besoin.”

Donc, les coachs savent ce qu’ils font. “C’est un métier, en France, on ne peut pas exercer sans diplômes ni carte professionnelle. Elle est digitalisée aujourd’hui, donc ne vous attendez pas à voir un coach la sortir de sa poche, en revanche, vous pouvez la demander avant de décider quoi que ce soit. Moi, je suis diplômé du CREPS de Montpellier, puis j’ai fait une autre formation au CREPS de Mâcon (NDLR : le diplôme a changé de nom aujourd’hui).”

De la même manière, tous les coachs sportifs, que ce soit à domicile ou en club, sont diplômés et ont une carte professionnelle. “Les coachs sportifs dans les clubs sont partenaires du club, mais ce sont des professionnels indépendants”, souligne Thierry Tsagalos.

Parlons bien, parlons budget. “Pour un cours en salle, le prix moyen, c’est 50 euros, entre 45 et 60 euros. En coaching à distance, c’est entre 170 et 600 euros le trimestre. Et à domicile, il y a une particularité, c’est que 50 % sont récupérables en déduction d’impôt ou en crédit d’impôt, comme tout emploi à domicile.”

Et donc, le coaching à distance, ça marche ? “Oui, parce que l’essentiel est l’accompagnement, quelqu’un avec qui on peut discuter régulièrement. Pour travailler à domicile, rien n’est plus efficace que les basiques poids et haltères.”

Dernier conseil de Thierry : “Oubliez les gourdes, prenez des bouteilles d’eau classiques. Une gourde, si elle ne passe pas régulièrement au lave-vaisselle, les bactéries vont s’y installer, alors qu’une bouteille d’eau, vous en changez régulièrement.”

Courir permet aussi de fuir

Reste à aborder un sujet : l’algorithme de publicités. Rien d’étonnant à le trouver ici : il peut, selon votre profil, vous bombarder de publicités pour des instruments de musculation, ou des applis de taïchi. Sur les appareils de musculation, ce que nous avons constaté, c’est que, bien souvent, ils sont plus chers que dans les magasins de sport, même en physique, sans les conseils du vendeur.

Quant aux applications de taïchi, celles où un “maître” avec une tête de sage asiatique caricatural sur un corps à faire pâlir le Schwarzenneger de Conan le barbare garanti pure IA cherche à vous vendre une application, des coachs professionnels sur un fil de discussion m’ont tous affirmé la même chose : “Ce sont des escrocs sans foi ni loi.” Voilà qui est simple. Comme on vous l’a dit : demandez la carte professionnelle avant de sortir votre argent.

Le sport, terme finalement très vaste qui va du haut niveau à des exercices simples de maintien en forme, s’avère utile, et même indispensable si vous voulez optimiser un parcours de santé dont l’arrêt du tabac ne serait, au final, qu’une ligne de départ.

À condition de ne pas vous décourager. Pour ça, il y a des professionnels, des clubs, des associations ou juste des amis. Pas encore de Vaping Sport, mais qui sait, si vous êtes assez nombreux à le demander, on pourra y réfléchir.

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