Notifié EU-CEG, conforme aux normes EN, certifié AFNOR… Les e-liquides affichent aujourd’hui une multitude de mentions réglementaires et normatives. Pourtant, ces termes ne désignent pas le même niveau d’exigence sanitaire. Entre le minimum légal imposé par la réglementation européenne, l’application volontaire de normes techniques, et la vérification par un organisme tiers indépendant, trois réalités distinctes coexistent sur le marché français. Décryptage des trois échelons qui structurent la sécurité des e-liquides.
- Contrairement à certaines idées reçues, les e-liquides commercialisés en France et dans l’Union européenne sont contrôlés et chacun de leurs ingrédients est connu des autorités ;
- Les e-liquides sont tous soumis à un socle réglementaire obligatoire (REACH, CLP, TPD, PCN), qui garantit une traçabilité administrative et un encadrement minimal des substances. C’est le premier niveau de sécurité ;
- Certains fabricants vont au-delà en appliquant volontairement des normes européennes spécifiques au vapotage (EN 17647, EN 17648), sans que cette conformité soit vérifiée de l’extérieur. C’est le second niveau de sécurité ;
- Seule la certification AFNOR (en France) implique un contrôle indépendant : audits annuels, analyses en laboratoire tiers, traçabilité vérifiée, etc. Cette certification représente le plus haut niveau de sécurité pour un e-liquide ;
- Ces trois niveaux ne se valent pas, et les comprendre permet d’évaluer la sécurité d’un e-liquide au-delà des seules mentions réglementaires.
Sommaire
- Niveau 1 : le socle réglementaire obligatoire
- Niveau 2 : la conformité normative volontaire
- Niveau 3 : la certification par organisme tiers
- Trois échelons, trois réalités sanitaires distinctes
- Le contrôle de certains e-liquides est moindre
- Des questions sur la sécurité des e-liquides ?
- Sources et références
E-liquides : trois niveaux d’exigence sanitaire
Début 2026, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) a publié un rapport sur les risques de la cigarette électronique. Ce document a relancé les débats sur la place du vapotage en France. Outil de sevrage tabagique pour certains, nouvelle source de dépendance à la nicotine pour d’autres, plus de quinze ans après son apparition, la cigarette électronique continue de polariser. Pourtant, les effets sanitaires du vapotage, souvent simplement qualifiés de « positifs » ou « négatifs », méritent une analyse plus nuancée, puisqu’ils dépendent de nombreux facteurs. Parmi eux, la référence de l’e-liquide vapoté occupe une place importante, car chaque produit possède une « recette » qui lui est propre. Une recette dont les ingrédients varient, et qui influence directement ses effets sanitaires.
Tous les e-liquides commercialisés doivent cependant suivre un processus réglementaire strict jusqu’à leur commercialisation, destiné à assurer un niveau minimal de sécurité. Mais certains contrôles supplémentaires existent, que seule une minorité de fabricants choisit de mettre en place.
| Exigence / Vérification | Niveau 1 (Cadre minimum réglementaire) |
Niveau 2 (Normes volontaires supplémentaires) |
Niveau 3 (Certification AFNOR) |
|---|---|---|---|
| Notification EU-CEG obligatoire | 🟨 | 🟨 | ✅ |
| Ingrédients enregistrés REACH | 🟨 | 🟨 | ✅ |
| Étiquetage CLP réglementaire | 🟨 | 🟨 | ✅ |
| Déclaration PCN centres antipoison | 🟨 | 🟨 | ✅ |
| Concentration nicotine ≤ 20 mg/ml | 🟨 | 🟨 | ✅ |
| Volume flacon nicotiné ≤ 10 ml | 🟨 | 🟨 | ✅ |
| Sécurité enfant (ISO 8317) | 🟨 | 🟨 | ✅ |
| Interdiction CMR catégorie 1A/1B | 🟨 | 🟨 | ✅ |
| Procédures de fabrication documentées | ❌ | 🟨 | ✅ |
| Environnement de production contrôlé | ❌ | 🟨 | ✅ |
| Prévention contamination croisée | ❌ | 🟨 | ✅ |
| Traçabilité lots et ingrédients | 🟨 | 🟨 | ✅ |
| Qualification fournisseurs | ❌ | 🟨 | ✅ |
| Évaluation dégradation thermique | ❌ | 🟨 | ✅ |
| Qualité pharmaceutique PG/VG/nicotine | ❌ | 🟨 | ✅ |
| Contrôles microbiologiques | ❌ | 🟨 | ✅ |
| Analyses laboratoire systématiques | ❌ | 🟨 | ✅ |
| Vérification concentration nicotine | ❌ | 🟨 | ✅ |
| Dosage impuretés et contaminants | ❌ | 🟨 | ✅ |
| Interdiction colorants | ❌ | 🟨 | ✅ |
| Interdiction sucres et édulcorants | ❌ | 🟨 | ✅ |
| Interdiction nicotine de synthèse | ❌ | 🟨 | ✅ |
| Contrôle du contenant (bisphénol A, etc.) | ❌ | 🟨 | ✅ |
| Durabilité maximale définie (18 mois) | ❌ | 🟨 | ✅ |
| Audit annuel indépendant | ❌ | ❌ | ✅ |
| Contrôle laboratoire tiers indépendant | ❌ | ❌ | ✅ |
| Légende : ✅ = Oui, vérifié par organisme tiers | 🟨 = Oui, mais autodéclaré (sans vérification systématique) | ❌ = Non requis | |||
Niveau 1 : le socle réglementaire obligatoire
Tous les e-liquides commercialisés dans l’Union européenne (UE) doivent suivre un ensemble d’obligations réglementaires. Celles-ci représentent le minimum légal imposé par la loi pour pouvoir vendre un e-liquide.
REACH
La première chose à respecter pour un e-liquide destiné à être vendu dans l’Union européenne concerne les ingrédients qui le composent. Ceux-ci doivent tous être approuvés via le système d’enregistrement et d’évaluation des substances dangereuses. REACH1, pour Registration, Evaluation, Authorisation and restriction of Chemicals, est le règlement CE n°1907/2006. Entré en vigueur en 2007, il vise à améliorer la connaissance des dangers et des risques liés aux substances chimiques tout au long de leur cycle de vie, du fabricant au consommateur final. Son principe fondamental pourrait être résumé de la manière suivante : « pas de données, pas de marché ». Une substance ne peut être commercialisée que si ses propriétés sont connues et évaluées.
Lorsqu’une substance chimique est fabriquée ou importée dans l’UE à plus d’une tonne par an, elle doit être enregistrée auprès de l’ECHA (European Chemicals Agency). Pour les e-liquides, les ingrédients concernés sont la nicotine, le propylène glycol, la glycérine végétale, et les arômes.
Chaque substance enregistrée auprès de l’ECHA suit un processus d’évaluation. En fonction des résultats, la substance est autorisée dans l’UE, classée comme « hautement préoccupante », donc autorisée sous conditions, ou tout simplement interdite.
CLP
CLP2, pour Classification, Labelling and Packaging, est la seconde législation européenne à respecter pour les produits chimiques.
Ce règlement (CE n°1272/2008), entré en vigueur en 2009, vise à harmoniser la manière dont tous les dangers chimiques sont classifiés, étiquetés et emballés. Ce système s’appuie lui-même sur le Système Général Harmonisé (SGH), un ensemble de recommandations internationales développées depuis le début des années 90, qui vise à harmoniser le système de classification et d’étiquetage des produits chimiques dans le monde entier.
Les pictogrammes et autres avertissements sanitaires obligatoires présents sur les e-liquides proviennent donc du règlement CLP. Il impose notamment :
- Le pictogramme SGH07
: pour signaler la présence de substances nocives, irritantes ou allergisantes. Les e-liquides nicotinés à 20 mg/ml portent, par exemple, ce pictogramme ; - Les mentions de danger, ou phrases H : comme H302 (nocif en cas d’ingestion), H312 (nocif par contact cutané), ou encore H332 (nocif par inhalation) ;
- Les conseils de prudence, ou phrases P : P102 (tenir hors de portée des enfants), et P301/P310 (en cas d’ingestion, appeler un centre antipoison) ;
- Les mentions obligatoires : DANGER ou ATTENTION.
Un fabricant d’e-liquides doit donc :
- Utiliser une nicotine enregistrée sur REACH ;
- Respecter les restrictions REACH lors de la composition de son e-liquide (en n’utilisant pas de substances restreintes) ;
- Classifier son e-liquide final selon CLP (en fonction de la concentration en nicotine et des autres ingrédients) ;
- Étiqueter conformément à CLP.
La Tobacco Products Directive (TPD)
La TPD3 (directive 2014/40/UE) est la troisième mesure réglementaire à laquelle tous les e-liquides vendus en Europe doivent se plier. Adoptée en 2014 et entrée en application le 20 mai 2016, elle édicte un ensemble de règles qui permet plusieurs choses :
- Un encadrement des concentrations et volumes ;
- Une information toxicologique accessible aux services d’urgence ;
- Un étiquetage normalisé des dangers ;
- Une traçabilité administrative de l’e-liquide.
La directive sur les produits du tabac impose notamment une concentration maximale de nicotine à 20 mg/ml, un volume maximal de 10 ml pour les e-liquides qui contiennent de la nicotine, plusieurs obligations d’étiquetage (comme l’avertissement sanitaire : « Ce produit contient de la nicotine, une substance qui crée une forte dépendance. Son utilisation par les non-fumeurs est déconseillée. », le numéro de lot et la date de péremption, ou encore la notice d’utilisation), mais aussi la présence de dispositifs de sécurité enfant (norme ISO 8317) et de systèmes anti-fuites.
La TPD oblige également les fabricants à notifier tous leurs produits, et chaque produit doit faire l’objet d’une notification distincte qui comprend :
- La déclaration des ingrédients de l’e-liquide : une liste exhaustive des substances utilisées dans sa composition, avec leurs proportions et leurs fonctions ;
- Des données toxicologiques : les informations sur la toxicité des ingrédients utilisés et leurs produits de dégradation potentiels lors de la vaporisation ;
- Des données sur les émissions : c’est-à-dire la composition de l’aérosol généré lors de la vaporisation de l’e-liquide ;
- Des informations commerciales : les volumes de vente prévus, les marchés cibles, etc.
Cette notification doit être réalisée pour chaque référence. Par exemple, un e-liquide destiné à être vendu dans trois concentrations différentes de nicotine doit être notifié trois fois.
La notification rejoint ensuite la base de données EU-CEG (European Union – Common Entry Gate), un outil informatique développé par l’Union européenne, conçu pour garantir un rapport uniforme des informations sur les produits du tabac. Dans l’Hexagone, c’est l’Anses qui centralise ces données.
La notification d’un e-liquide le rend donc légalement commercialisable, mais elle ne constitue pas pour autant une évaluation approfondie de sa qualité ni de sa sécurité à l’usage. Déclarative, elle n’est pas non plus une autorisation de mise sur le marché. De plus, l’autorité chargée de ces déclarations ne procède pas à une évaluation approfondie de chaque produit avant commercialisation.
Par exemple, en France, l’Anses met régulièrement à jour une liste de tous les e-liquides dont la notification présente une non-conformité.
La Tobacco Products Directive devait initialement être révisée en 2025, mais ces modifications ont finalement été repoussées. Début avril 2026, le rapport d’évaluation de la Commission européenne a relevé de nombreuses lacunes dans l’efficacité de la directive. La TPD devrait donc être modifiée dans les années à venir, et, avec elle, tous les contrôles qu’elle entraîne.
La déclaration PCN aux centres antipoison
Depuis 2021, le règlement européen ((UE) 2017/542) impose également la déclaration des mélanges dangereux dans le système PCN4 (Poison Centre Notification) géré par l’ECHA. Cette déclaration comprend la composition chimique détaillée, les données toxicologiques, et les mesures de premiers secours adaptées à chaque voie d’exposition (ingestion, inhalation, contact cutané ou oculaire). Cette obligation vise à permettre aux centres antipoison européens d’accéder instantanément à la composition exacte d’un produit en cas d’intoxication.
Chaque e-liquide doit porter un UFI (Unique Formula Identifier), un code alphanumérique de 16 caractères apposé sur l’étiquette. Par exemple, si un parent appelle un centre antipoison parce que son enfant a ingéré de l’e-liquide, le médecin peut immédiatement accéder via cet UFI à la concentration exacte de nicotine, la présence éventuelle d’autres substances toxiques, et les protocoles de prise en charge recommandés.
Ce que cette conformité réglementaire garantit
- Une traçabilité administrative de chaque produit
- Une limitation des concentrations (impossible légalement de commercialiser des produits ultra-concentrés)
- Une information standardisée sur les dangers (étiquetage uniforme)
- Une intervention d’urgence facilitée (services de santé peuvent identifier rapidement le produit et accéder aux données toxicologiques via PCN)
- Un encadrement des substances (interdiction des CMR 1A/1B, restriction de certaines substances)
Ce que cette conformité réglementaire ne garantit pas
- Les critères précis de sélection des ingrédients (au-delà des interdictions générales)
- Les conditions concrètes de fabrication (environnement de production, procédures d’hygiène, prévention contamination)
- Les protocoles de contrôle qualité (méthodes analytiques, fréquence des tests, seuils d’impuretés)
- L’évaluation de la dégradation thermique (comportement des ingrédients lors de la vaporisation)
- Les exigences microbiologiques (contamination bactérienne, fongique)
- La stabilité dans le temps (évolution du produit, dégradation oxydative)
Un e-liquide notifié EU-CEG, étiqueté selon CLP et déclaré au PCN, est légalement commercialisable, mais cette conformité administrative ne constitue pas une évaluation approfondie de sa qualité intrinsèque ni de sa sécurité réelle à l’usage.
Pour aller au-delà de ce socle réglementaire minimal et structurer techniquement la fabrication des e-liquides, certains fabricants s’engagent volontairement dans le respect de normes européennes spécifiques au vapotage : c’est le niveau 2.
Niveau 2 : la conformité normative volontaire
Depuis 2022, plusieurs normes européennes structurent techniquement la fabrication et le contrôle des e-liquides pour cigarettes électroniques. Ces travaux font suite aux premières normes françaises (AFNOR XP D90-300, 2015-2016) qui avaient ouvert la voie.
Aujourd’hui, plus d’une dizaine de normes couvrent l’ensemble de la filière : e-liquides, dispositifs, émissions et méthodes d’analyse. Contrairement à la réglementation, ces normes sont d’application volontaire : aucune loi n’oblige un fabricant à les suivre.
Les quatre normes principales concernant les e-liquides sont conçues pour encadrer :
EN 176475 : Fabrication et conservation
- Les conditions de fabrication (environnement, équipements, contamination croisée) ;
- Le remplissage et le conditionnement ;
- Les conditions de stockage et transport ;
- La traçabilité des lots et ingrédients ;
- La qualification des fournisseurs ;
- Les procédures de rappel produit.
EN 176486 : Ingrédients
- La sélection toxicologique des substances (exclusion des CMR de catégorie 1A et 1B) ;
- L’évaluation du risque incluant la dégradation thermique lors de la vaporisation (ce qui va au-delà de REACH qui évalue les substances telles quelles, pas leur comportement lorsqu’elles sont chauffées) ;
- La pureté requise pour la nicotine, le propylène glycol et la glycérine végétale ;
- Les critères d’acceptabilité des arômes.
CEN/TS 176337 et ISO 207148 : Contrôle qualité et analyses
- Les méthodes de contrôle qualité des e-liquides ;
- La vérification de la concentration réelle en nicotine, PG, VG ;
- Le dosage des impuretés et contaminants ;
- Les protocoles d’échantillonnage et d’analyse.
Ce que ces normes volontaires apportent concrètement
- Des procédures documentées de sélection des matières premières ;
- Un environnement de production contrôlé (atmosphère, hygiène, prévention contamination) ;
- Des analyses systématiques en laboratoire (chromatographie, spectrométrie) ;
- Une évaluation toxicologique incluant les produits de dégradation thermique ;
- Une traçabilité exhaustive permettant un rappel ciblé en cas de problème.
D’autres normes existent. Par exemple, les normes ISO 20768, ISO 24199, ou encore FD CEN/TR 17236 encadrent spécifiquement l’analyse des émissions produites lors de la vaporisation et les méthodes de laboratoire permettant de mesurer l’exposition réelle de l’utilisateur.
Les limites à comprendre
La conformité normative volontaire représente un progrès considérable par rapport au simple minimum réglementaire. Cependant, l’application de ces normes reste autodéclarée tant qu’elle n’est pas vérifiée par un organisme tiers indépendant. Bien que des recours juridiques existent en cas de fausse déclaration, l’absence de vérification externe régulière rend difficile pour le consommateur de distinguer une conformité réelle d’une simple allégation marketing.
Et certains fabricants choisissent d’aller encore plus loin, notamment en se faisant certifier par des organismes tiers. C’est le niveau trois.
Niveau 3 : la certification par organisme tiers
Le troisième niveau d’exigence implique qu’un organisme indépendant vérifie périodiquement que les normes sont effectivement appliquées. En France, la certification AFNOR e-liquide (basée sur la norme NF XP D90-300-29) constitue aujourd’hui la seule démarche sectorielle de certification spécifique au vapotage.
Un contrôle externe indépendant
Contrairement au simple respect des normes volontaires (niveau 2), la certification AFNOR repose sur :
- Des audits annuels sur site : vérification des installations de fabrication, de la qualification du personnel et des procédures de production ;
- Des contrôles documentaires : examen des enregistrements de traçabilité, des analyses laboratoire et des systèmes qualité ;
- Des analyses en laboratoire indépendant : vérification de la conformité des produits par prélèvement d’échantillons ;
- Des contrôles annuels de surveillance : AFNOR Certification réalise chaque année des audits et essais pour maintenir la validité du certificat, délivré pour une durée de trois ans.
Cette certification s’applique produit par produit, non à l’entreprise entière. Un fabricant peut donc proposer à la fois des e-liquides certifiés et d’autres qui ne le sont pas.
Un e-liquide certifié AFNOR offre des garanties supplémentaires
- Qualité pharmaceutique obligatoire pour le PG, la VG, la nicotine et l’eau (>90% de la composition) ;
- Exclusions renforcées : interdiction totale de colorants, CMR, huiles, sucres, édulcorants, substances énergisantes, nicotine de synthèse ;
- Contrôle du contenant : matériaux inertes, bouchons sécurisés, absence de bisphénol A ;
- Traçabilité vérifiée : date de fabrication, durabilité maximale (18 mois), pays d’origine, assistance joignable ;
- Engagement contractuel du fabricant envers un organisme tiers, avec possibilité de suspension ou retrait de la certification en cas de manquement.
À noter : la norme française NF XP D90-300-2 sera prochainement remplacée par une norme européenne intégrant de nouvelles exigences. Le principe de certification par organisme tiers restera identique.
Distinguer certification produit et labels généraux
Il est essentiel de ne pas confondre la certification AFNOR e-liquide avec d’autres labels :
- ISO 9001 : certifie le système de management qualité d’une entreprise (organisation, processus, amélioration continue). C’est une démarche généraliste applicable à tous secteurs. Elle n’évalue pas directement la sécurité toxicologique d’un e-liquide ;
- Origine France Garantie : atteste que la fabrication principale et une part significative de la valeur sont réalisées en France. C’est un label de localisation industrielle, pas une garantie sanitaire.
Ces certifications ont leur valeur dans leur domaine, mais elles ne remplacent pas une certification sectorielle spécifique au vapotage.
Les limites à comprendre
La certification AFNOR, comme les précédentes, ne signifie pas « zéro risque absolu ». Elle signifie l’application vérifiée d’un référentiel technique exigeant, dans un cadre contrôlé par un organisme indépendant. Elle ne remplace pas l’évaluation scientifique continue sur les effets à long terme du vapotage, la vigilance sur l’apparition de nouvelles données toxicologiques, ou encore le respect des bonnes pratiques d’utilisation (matériel adapté, puissance appropriée, etc.).
La certification atteste d’une démarche qualité documentée et contrôlée, et constitue à ce jour le plus haut niveau d’exigence sanitaire accessible sur le marché français des e-liquides.
Trois échelons, trois réalités sanitaires distinctes
Le marché français des e-liquides présente aujourd’hui trois strates d’exigence sanitaire bien distinctes :
Niveau 1 – Conformité réglementaire obligatoire : des produits respectant (en théorie) le minimum légal (REACH, CLP, TPD, PCN), notifiés administrativement, mais sans garantie approfondie sur les procédés de fabrication, de contrôle ou de sélection toxicologique.
Niveau 2 – Conformité normative volontaire : des produits dont les fabricants affirment suivre les normes européennes spécifiques (EN 17647, EN 17648, CEN/TS 17633, ISO 20714), appliquant des protocoles techniques documentés, mais sans vérification externe systématique.
Niveau 3 – Certification par organisme tiers : des produits certifiés par un organisme indépendant (l’AFNOR en France), soumis à des audits périodiques, des contrôles laboratoire et une traçabilité vérifiée.
Ces trois niveaux ne se valent pas. Affirmer que « tous les e-liquides notifiés sont équivalents » reviendrait à ignorer l’existence même de ces référentiels normatifs et certificatifs construits précisément pour aller au-delà du minimum réglementaire.
Ces différences ne signifient pas que les produits du niveau 1 sont systématiquement dangereux ni que ceux du niveau 3 ne représentent aucun risque. Elles indiquent que le degré de maîtrise industrielle, de contrôle analytique et de traçabilité documentée diffère radicalement entre ces trois catégories.
Dans un contexte où le débat public oscille entre diabolisation excessive et banalisation du vapotage, comprendre ces distinctions permet d’objectiver la discussion : la sécurité d’un e-liquide, et du vapotage en général, ne dépend pas d’un jugement de principe sur « la vape », mais du niveau d’exigence technique réellement appliqué au produit concerné. Et, bien sûr, de la bonne utilisation d’une cigarette électronique.
Le contrôle de certains e-liquides est moindre
Les trois échelons détaillés ci-dessus, s’ils assurent une certaine sécurité des e-liquides, ne les concernent pourtant pas tous. Certains produits, de par leur provenance ou leur composition, échappent presque entièrement aux contrôles. C’est le cas pour les e-liquides sans nicotine, les e-liquides à faire soi-même (Do It Yourself), et les liquides achetés via des réseaux parallèles.
Les e-liquides sans nicotine et le DIY
Les e-liquides qui ne contiennent pas de nicotine, ainsi que les arômes concentrés et autres composants des e-liquides à faire soi-même, doivent répondre aux règlements REACH et CLP. En revanche, l’absence de l’alcaloïde dans leur composition les dispense de certaines réglementations, et notamment de la TPD. Comme le rappelait l’Anses en 2022, « ni les dispositions protectrices pour la santé telles que les interdictions de certains ingrédients, ni les obligations déclaratives auxquelles sont soumis les fabricants de produits du vapotage ne portent sur le DIY ou les produits sans nicotine. »
Les sels de nicotine
Les e-liquides contenant des sels de nicotine occupent une place particulière. S’ils doivent répondre aux mêmes exigences réglementaires que les e-liquides contenant de la nicotine traditionnelle, leur fabrication nécessite l’utilisation d’acides organiques. Les principaux acides utilisés pour la fabrication des sels de nicotine sont l’acide lactique, l’acide benzoïque, et l’acide lévulinique.
Le problème soulevé par l’utilisation de ces acides est qu’ils possèdent tous un profil chimique et toxicologique différent. La TPD ne distingue pas la nicotine libre des sels de nicotine, et ni la TPD, ni REACH, n’évaluent les acides organiques utilisés dans la formation de ces sels dans le contexte spécifique de leur inhalation lors du vapotage.
Cette absence d’évaluation ne signifie pas que les e-liquides aux sels de nicotine sont nécessairement plus dangereux, mais cette absence de contrôle mérite d’être soulignée.
Les e-liquides achetés au marché noir
Les e-liquides achetés au marché noir, ou par le biais de canaux non officiels sont ceux qui présentent le plus de risques, puisqu’ils ne font l’objet d’aucun contrôle. Dans de nombreux pays du monde, plusieurs incidents sont survenus à cause des e-liquides illégaux.
Aux États-Unis, en 2019, l’utilisation d’acétate de vitamine E comme ingrédient dans des e-liquides achetés au marché noir avait conduit à l’hospitalisation de 2 807 vapoteurs, dont 68 étaient décédés. Cette période a depuis été baptisée crise EVALI.
En Australie, quatre personnes ont présenté de sévères syndromes de manque opioïde après avoir arrêté d’utiliser des vapoteuses rechargées avec de l’e-liquide illicite. Ils pensaient se fournir des liquides à base de cannabinoïdes, il s’agissait en fait de produits contenant des nitazènes, des opioïdes de synthèse plus puissants que le fentanyl.
Au Royaume-Uni, une enquête de la BBC a fait analyser des e-liquides illégaux saisis dans des écoles. Les résultats ont révélé des niveaux dangereux de plomb et de nickel, avec parfois des taux supérieurs à ceux retrouvés dans les cigarettes de tabac. Les analyses ont montré que les métaux lourds ne provenaient pas de la dégradation des résistances des cigarettes électroniques, mais étaient présents dans les e-liquides eux-mêmes.
En France, des adolescents ont également été hospitalisés suite au vapotage de PTC, ou « pète ton crâne ». Ces liquides illégaux circulent principalement via des canaux non officiels, comme le marché noir, Snapchat, ou encore des dealers à la sortie des écoles, mais aussi, parfois à l’insu des acheteurs, via des boutiques CBD ou des plateformes en ligne.
Des questions sur la sécurité des e-liquides ?
La réglementation (REACH, CLP, TPD, PCN) est obligatoire pour tous les e-liquides vendus en Europe. Les normes techniques (EN 17647, EN 17648, etc.) sont volontaires : un fabricant peut choisir de les suivre ou non. La réglementation fixe le minimum légal, les normes définissent les bonnes pratiques pour aller au-delà.
C’est difficile sans certification tierce. Un fabricant peut affirmer suivre les normes EN sans contrôle externe. La seule garantie vérifiable est la certification AFNOR, qui implique des audits indépendants. Vérifiez la présence du logo AFNOR Certified sur l’étiquette ou sur le site du fabricant.
La notification EU-CEG est une formalité administrative déclarative, pas une validation de qualité. Elle rend le produit légalement commercialisable, mais ne garantit pas les procédés de fabrication, les contrôles qualité ou la pureté des ingrédients. L’Anses publie d’ailleurs régulièrement une liste d’e-liquides notifiés, mais non conformes.
La certification AFNOR est une démarche volontaire qui va au-delà des obligations légales. La rendre obligatoire nécessiterait une modification de la réglementation européenne (TPD). Dans son rapport 2026, l’Anses a d’ailleurs recommandé aux pouvoirs publics d’envisager de rendre obligatoires certaines normes volontaires.
Pas nécessairement. Tous les e-liquides vendus en France, quelle que soit leur origine, doivent respecter les mêmes obligations réglementaires (TPD, REACH, CLP). Ce qui compte, c’est le niveau d’exigence appliqué (conformité normative, certification) plutôt que le pays de fabrication. Le label “Origine France Garantie” atteste d’une localisation industrielle, pas d’une qualité sanitaire supérieure.
La qualité pharmaceutique désigne un niveau de pureté très élevé, conforme aux standards de l’industrie du médicament (Pharmacopée européenne). Pour un e-liquide certifié AFNOR, le propylène glycol, la glycérine végétale, la nicotine et l’eau doivent répondre à ces exigences, garantissant un minimum d’impuretés et de contaminants.
Le prix reflète souvent le niveau d’exigence : qualité des matières premières (pharmaceutique vs. technique), contrôles laboratoire (systématiques vs. ponctuels), traçabilité documentée, certification tierce. Un e-liquide très bon marché peut être conforme réglementairement, mais rarement conforme aux normes volontaires ou certifié.
Non. ISO 9001 certifie le système de management qualité d’une entreprise (organisation, processus), pas la sécurité toxicologique d’un produit. C’est une norme généraliste applicable à tous secteurs. Elle n’évalue ni la pureté des ingrédients ni les procédés de fabrication spécifiques au vapotage. Seule la certification AFNOR e-liquide est spécifique au secteur.
Oui. Les normes EN (Europäische Norm) sont élaborées par le CEN (Comité Européen de Normalisation) et sont identiques dans tous les pays européens. EN 17647 et EN 17648 ont la même portée en France, en Allemagne, en Italie, etc. C’est leur application qui reste volontaire.
Contactez immédiatement le fabricant (coordonnées obligatoires sur l’étiquette). La certification AFNOR impose un système de traçabilité et de rappel produit. Vous pouvez également signaler tout effet indésirable à l’Anses via le portail de signalement des produits de santé. En cas d’intoxication, appelez un centre antipoison (numéro sur l’étiquette).
CMR désigne les substances Cancérogènes, Mutagènes ou Reprotoxiques. REACH et la TPD interdisent les CMR de catégorie 1A et 1B (danger avéré ou présumé) dans les e-liquides. Les normes EN 17648 vont plus loin en excluant également certains CMR de catégorie 2 (danger suspecté). La présence de CMR dans un e-liquide constitue une non-conformité grave.
Oui. La certification AFNOR est délivrée pour trois ans, mais fait l’objet de contrôles annuels de surveillance. Si le fabricant ne maintient pas les exigences (changement de fournisseur, dégradation des procédés, non-conformité détectée), la certification peut être suspendue ou retirée à tout moment. Le certificat doit ensuite être renouvelé tous les trois ans.
Il n’existe pas encore de certification harmonisée au niveau européen, mais la norme française NF XP D90-300-2 sera bientôt remplacée par une norme européenne basée sur EN 17647 et EN 17648. Chaque pays pourra alors mettre en place sa propre certification sur cette base commune. Le principe devrait rester identique : audits annuels tiers, contrôles en laboratoire, et renouvellement tous les trois ans.
Pas nécessairement. Un e-liquide basique (PG, VG, nicotine) n’est pas forcément plus sûr qu’un e-liquide aromatisé si les arômes respectent EN 17648. Ce qui compte, c’est la qualité et la sélection toxicologique des ingrédients, pas leur nombre. Un arôme complexe certifié peut être plus sûr qu’un arôme simple non évalué thermiquement.
Sources et références
1 Reach Regulation : https://environment.ec.europa.eu/topics/chemicals/reach-regulation_en
2 CLP — Classification, Labelling and Packaging of substances and mixtures : https://osha.europa.eu/en/themes/dangerous-substances/clp-classification-labelling-and-packaging-of-substances-and-mixtures
3 Directive 2014/40/ue du parlement européen et du conseil du 3 avril 2014 relative au rapprochement des dispositions législatives, réglementaires et administratives des états membres en matière de fabrication, de présentation et de vente des produits du tabac et des produits connexes, et abrogeant la directive 2001/37/ce : https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/HTML/?uri=CELEX:32014L0040
4 Règlement (UE) 2017/542 de la Commission du 22 mars 2017 modifiant le règlement (CE) n° 1272/2008 du Parlement européen et du Conseil relatif à la classification, à l’étiquetage et à l’emballage des substances et des mélanges par l’ajout d’une annexe relative aux informations harmonisées concernant la réponse à apporter en cas d’urgence sanitaire : https://eur-lex.europa.eu/legal-content/Fr/ALL/?uri=CELEX:32017R0542
5 EN 17647, Principes généraux de fabrication, de remplissage et de conservation des e-liquides pour les récipients de recharge ou les cartouches préremplies : https://www.boutique.afnor.org/fr-fr/norme/nf-en-17647/principes-generaux-de-fabrication-de-remplissage-et-de-conservation-des-eli/fa187220/331995
6 EN 17648, Ingrédients des e-liquides : https://www.boutique.afnor.org/fr-fr/norme/nf-en-17648/ingredients-des-eliquides/fa201048/334402
7 XP CEN/TS 17633, Principes généraux et exigences concernant les essais relatifs à la qualité et aux teneurs en nicotine des liquides pour cigarettes électroniques : https://www.boutique.afnor.org/fr-fr/norme/xp-cen-ts-17633/principes-generaux-et-exigences-concernant-les-essais-relatifs-a-la-qualite/fa187221/336657
8 ISO 20714:2019, E-liquide — Détermination de la teneur en nicotine, propylène glycol et glycérol dans les liquides utilisés avec les systèmes électroniques de délivrance de nicotine — Méthode par chromatographie en phase gazeuse : https://www.iso.org/fr/standard/68905.html
9 XP D90-300-2, Cigarettes électroniques et e-liquides – Partie 2 : exigences et méthodes d’essai relatives aux e-liquides : https://www.boutique.afnor.org/fr-fr/norme/xp-d903002/cigarettes-electroniques-et-eliquides-partie-2-exigences-et-methodes-dessai/fa197819/319153

