Andy Burnham sait qu’il doit rapidement imposer sa marque. Qui est ce Monsieur, vous êtes-vous peut-être demandé, et c’est bien son souci. Il s’agit du nouveau Premier ministre britannique. Et donc, pour retenir son nom, il propose de boire un coup.

Vinum novum, amicus novus

Les Britanniques ont toujours eu des problèmes d’appellation, mais ce n’est pas leur faute, le problème est la force de l’habitude.

Parce que, par exemple, quand on a appelé quelqu’un « Prince Charles » pendant cinquante ans, difficile de lui donner du « Roi Charles ». Ça demande un peu d’aide. C’est pour ça qu’en Angleterre, on imprime la tête du souverain sur les pièces, les billets et les tasses à thé.

D’ailleurs, on imprime toujours la tête du souverain inversée par rapport à celle de son prédécesseur. Ainsi, le Prince, pardon, le Roi Charles regarde à gauche, alors que sa mère regardait à droite. C’est l’anecdote inutile que vous pourrez caser aux soirées raclettes quand il fera moins chaud.

Cette persistance mémorielle est sans aucun doute le principal sujet de préoccupation d’Andy Burnham. Qui ? Le gars qui a remplacé Keir Starmer au poste de Premier ministre. Et Burnham est lucide : Starmer a tellement réussi à se faire détester par la population qu’il va être difficile de lui succéder. Enfin, surtout de faire comprendre aux gens que c’est lui qui succède à Starmer, surtout.

Même ChatGPT croit encore que c’est Starmer, le Premier ministre. Et cette phrase n’a étonné personne, je pense.

Deficiente vino, deficit omne

Mais Andy Burnham est malin. On ne devient pas Premier ministre si on est un parfait imbécile. En Angleterre, en tout cas. Et il a eu une idée de génie : baisser les impôts des pubs. Plus précisément, leur taxe foncière spécifique.

De cette façon, les patrons et employés de pubs, ravis, vont répéter à l’envi à leur client : « Le Premier ministre est vraiment chouette ».

Ce à quoi les clients répondront : « Qui ? Starmer ? Tu as bu ? ».

Et le patron de pub assènera : « Mais non, le nouveau, là, rah, mince, je l’ai sur le bout de la langue ».

Bien entendu, les ligues puritaines anti-alcooliques vont crier un peu, mais le Premier ministre a tout prévu. Il explique qu’il veut soutenir « les entreprises que les citoyens veulent voir dans leur communauté », expliquant que les pubs créent du lien social, indispensable à soutenir le moral britannique, affaibli par des années de crise économique et des siècles de cuisine infâme.

Il est sympa, ce Burnham, n’est-il pas ?

Aut bibas aut abeas

Oh, un détail, une broutille, trois fois rien : cette mesure va coûter 100 millions de Livres. Une paille, mais une paille que le nouveau Premier ministre veut combler. Comment compte-t-il s’y prendre ? En augmentant les impôts des boutiques de vape, qui « ne contribuent pas positivement aux communautés locales ».

Bon, c’est certain, de ce point de vue, les boutiques de vape ne suivent pas les objectifs : elles veulent nettoyer les poumons des fumeurs, alors que la priorité nationale semble être de pourrir le foie des alcooliques.

Et puis, c’est vrai que les communautés locales sont renforcées grâce au tabagisme. L’enterrement d’un voisin mort d’un cancer ou d’un infarctus est toujours l’occasion de retrouver tout le monde, de prendre des nouvelles.

Les gens, sinon, restent enfermés chez eux, repliés, et des tensions se créent. On croyait que c’était la faute de Netflix et de l’individualisme. Mais non, ce sont les boutiques de vape.

Les prochaines élections en Angleterre auront lieu en 2029. Burnham a jusque-là pour que les Anglais retiennent autant son nom que celui de Starmer. On croit en lui, il a du potentiel.

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