« La logique est une science des lois nécessaires de la pensée, sans lesquelles aucun usage de l’entendement et de la raison n’est possible » disait Emmanuel Kant, dont l’étude en classe de terminale a envoyé plus d’un en dépression. Et il avait raison.
T’en as des questions ?
L’auteur de l’article du vendredi, malgré ses constants efforts, n’a pas encore réussi à s’aliéner la totalité de l’humanité. Il lui reste quelques amis, dont certains aiment à lui poser des questions saugrenues. Et l’un d’entre eux lui a présenté un jour le cas de figure suivant, qui l’a bien fait rire.
Jusqu’à ce qu’il se présente en vrai.
Cette histoire se passe au supermarché. L’auteur de l’article du vendredi, que j’appellerai je à partir de maintenant pour plus de commodité, s’en allait d’un pas guilleret constater l’inflation en glissant quelques denrées dans son panier.
C’était un vendredi matin. C’était nécessaire, je n’avais plus de sel, faute à une coupable imprévoyance, parce que, sinon, je fuis le vendredi et le samedi qui sont les pires jours pour aller faire ses courses si l’on aime les allées dégagées et des rayons garnis. L’affluence y est à son plus haut.
Il y a un jour de la semaine où les gens vont moins faire les courses que les autres. Le jour le moins fréquenté, d’après les statistiques, dans les commerces. Idéal, donc. Bien entendu, je me garderai bien de vous le révéler, parce que sinon, tout le monde irait faire ses emplettes le jeudi, et ça ne marcherait plus.
Mais pourquoi je vous raconte cela ? Ce n’est pas le sujet.
Dur à sel
Donc, je poussai un soupir désespéré en allant me garer. Je revenais de la station-service, il faut dire. À l’origine, j’avais prévu de faire un petit ajout dans le réservoir de ma voiture, qui était au tiers plein. Hélas, à la pompe, je m’étais laissé distraire, et je ne fus ramené à la raison que par le clac du pistolet, avisant que le réservoir était plein. Pour un montant de 88 euros.
Comment ça, 88 euros pour deux tiers de réservoir de C3 ? Il y a peu, je payais la moitié de ça pour un plein. Que les Iraniens et les Américains ne puissent pas se supporter, c’est triste, mais soit, c’est la vie. Mais là, ça allait un peu loin.
Donc, déprimé, ruiné, je dus en plus aller me garer à Perpète les Oies, riante bourgade du fond du parking, et le traverser presque entièrement à pied, passant devant les bornes de recharge des véhicules électriques. Je manquais de sel alors que ma vie clairement pas.
Et là, j’eus une épiphanie.
Pas assez cher, mon fils
Il y avait là une jolie voiture de marque française, dont je fis le tour pour l’admirer. J’étais tellement absorbé par une question existentielle, aimais-je ou pas son jaune pétant, que je ne vis pas arriver le propriétaire, qui me retrouva ainsi, fiché devant sa bagnole électrique, un pli de perplexité au front.
Rapidement, je m’excusai, puis lui demandait s’il était satisfait de son achat. Il l’était, et se fit une joie de me détailler toutes les raisons pour lesquelles le chèque conséquent qu’il avait fait à son concessionnaire emplissait jour après jour son cœur de joie.
Puis il m’expliqua qu’il optimisait sa consommation énergétique, puisqu’il s’était débarrassé de son réfrigérateur, responsable, selon lui, de 40 % des factures électriques des maisons, à condition qu’elles soient chauffées au bois. Tous les jours, il allait acheter des produits frais, et le surcoût électrique était quatre fois couvert par ce qu’il économisait en carburant fossile.
Exceptionnellement, il rechargeait aujourd’hui à la borne, mais, sinon, il le faisait chez lui, ce qui était vraiment, vraiment moins cher.
Je m’apprêtais à supplier ce monsieur de me prendre pour disciple, tant j’avais vu la lumière et le sourire de retour sur le visage de ma banquière, quand il fit quelque chose qui me fit me raviser. Je pris congé rapidement et allais acheter mon sel d’un pas pressé, cherchant à m’éloigner le plus possible avant de ne plus pouvoir retenir mon fou rire.
Parce que, satisfait après pas loin de quinze minutes de discours sur toutes les économies que l’on pouvait faire dans la vie et tout le gaspillage que l’on pouvait éviter, il s’était nonchalamment allumé une cigarette.

