Toute cette histoire repose sur une seule et unique lycéenne du Nevada. Elle a été racontée par sa mère à une agence de presse britannique, puis reprise par le Daily Mail et le magazine People en avril 2025. Aucun médecin ne s’est exprimé et aucun compte rendu médical n’a été publié. On ne sait donc pas quels examens ont conduit au diagnostic, ni ce que la jeune fille vapotait exactement.
L’article d’origine, publié dans The Conversation, prenait une précaution : l’adolescente « aurait », selon les médias, développé la maladie. Futura supprime ce conditionnel et transforme ce récit en fait établi, alors qu’aucune preuve ne le corrobore.
Le « poumon de pop-corn » est le surnom d’une maladie réelle et grave qui bouche les plus petites bronches. Il vient d’ouvriers d’une usine de pop-corn exposés pendant des années à de fortes doses de diacétyle, un arôme au goût de beurre. Mais un produit dangereux à forte dose dans une usine ne l’est pas forcément à la dose d’un vapoteur.
Les fumeurs en sont un bon exemple. Selon l’agence de santé publique anglaise, la fumée de cigarette contient des centaines de fois plus de diacétyle que les e-liquides qui en contenaient autrefois. Pourtant, le tabagisme n’est pas un facteur de risque important de cette maladie. Au Royaume-Uni, le diacétyle est en outre interdit dans les e-liquides, et dans l’Union européenne également, puisque la TPD interdit l’utilisation d’ingrédients dans les e-liquides qui pourraient être dangereux pour la santé.
Le seul cas publié qui s’en approche est celui d’un jeune Canadien de 17 ans, décrit en 2019 par une revue médicale. Ses médecins ont parlé d’une inflammation sévère des petites bronches et évoqué une possible bronchiolite oblitérante, mais sans la confirmer. Un cas isolé ne fait pas une menace avérée et Cancer Research UK rappelle qu’aucun cas lié à la vape n’a été confirmé. En France, l’Anses souligne également qu’aucune tumeur liée au vapotage n’a été repérée à ce jour.
Le reste de l’article contient d’autres approximations, habituelles chez Futura. Sur la crise EVALI de 2019 aux États-Unis, il passe sous silence que les malades avaient surtout vapoté du cannabis acheté au marché noir, et que l’acétate de vitamine E servait à couper ces produits. L’étude sur les symptômes respiratoires des adolescents repose quant à elle sur des déclarations à un questionnaire, à un moment donné. Ses auteurs écrivent eux-mêmes qu’elle ne permet pas de conclure à un lien de cause à effet.
Vapoter n’est pas sans risque, et ce n’est pas un comportement à encourager chez les adolescents. Mais présenter une maladie irréversible comme une menace établie, sur la foi d’un seul témoignage, qui plus est confirmé par aucun médecin, relève plus du sensationnalisme que de l’information.
