Une étude dont personne ne sait rien fait parler d’elle outre-Manche. Vapoter augmenterait les risques de maladies cardiaques et de démence.
If it bleeds, it leads
Les études sur la cigarette électronique sont nombreuses. Si les médias spécialisés tentent de se faire écho d’un maximum d’entre elles, pour la presse généraliste, l’exercice est plus compliqué. Difficile d’assurer une veille efficace de tous les sujets couverts, qui plus est lorsque les informations alarmistes attirent toujours plus les lecteurs que les bonnes nouvelles. Les recherches positives sur la vape sont ainsi, bien souvent ignorées, lorsque celles qui mettent en avant des risques à vapoter n’ont aucun mal à se frayer un chemin jusqu’à la première page.
Dernière démonstration en date de ces faits, hier. The Daily Mirror, quotidien britannique faisant partie des cinq publications papiers les plus lues du Royaume-Uni, s’est fait écho d’une nouvelle étude sur le vaporisateur personnel. Titrant « L’horreur du vapotage alors que la toute première étude révèle des effets secondaires mortels – maladie cardiaque, défaillance d’organe, démence », le journal relate les conclusions d’une étude, toujours en cours, dont les résultats devraient être publiés le mois prochain.
L’article du Mirror interpelle sur bien des points. Tout d’abord, parce que l’un de ses journalistes s’est rendu dans le laboratoire où sont conduits les tests, afin d’en prendre des photos. Une pratique peu courante, les scientifiques n’ayant pas pour habitude de promouvoir leur travail de cette manière.
L’étrange chercheur
Le discours du docteur Maxime Boidin, responsable de l’étude au sein de la Manchester Metropolitan University, est tout aussi surprenant. Alors que son travail n’est ni terminé, ni publié, ni vérifié par des pairs, il n’hésite pas à s’exprimer à son sujet, dans des termes bien plus sensationnalistes que scientifiques. « Vous voyez beaucoup plus de gens vapoter de nos jours parce qu’ils ne pensent pas que c’est trop mal. Beaucoup seront horrifiés de connaître la vérité », déclare-t-il par exemple au quotidien, n’hésitant pas à recommander l’obligation de posséder une ordonnance médicale pour pouvoir se procurer des produits de la vape, sous peine de créer une « urgence sanitaire ».
Toujours sans offrir de données précises ni d’indication sur la méthodologie utilisée pour sa recherche, il ajoute : « Nous connaissons maintenant les effets à long terme du vapotage, et si nous n’agissons pas maintenant, nous verrons une urgence sanitaire dans les dix, 15 prochaines années ». De quoi faire trembler les vapoteurs, dont certains utilisent pourtant une cigarette électronique depuis plus de dix ans, sans jamais avoir connu le moindre problème de santé.
The Daily Mail, second journal le plus vendu au Royaume-Uni, a d’ores et déjà sauté sur l’occasion de parler de cette étude, soulignant dans le titre de son article que le vapotage est « plus dangereux que le tabagisme » et « augmente le risque de trois maladies mortelles ». Et bien sûr, toujours sans fournir la moindre information sur la manière dont cette étude a été conduite, auprès de combien de participants, avec quel passé tabagique, etc.
D’après les deux journaux, vapoter augmenterait ainsi les risques de maladies cardiaques et serait également un facteur de démence. Des conclusions qui coïncident avec une étude antérieure, elle aussi menée par la même université, qui avait été conduite auprès de… 60 personnes. Une recherche présentée lors d’un congrès, dont seul un extrait1 avait été publié à l’époque, et dont le texte complet reste introuvable à ce jour, six mois plus tard.
1 Faisal, A., et al. (2024). Young vapers perform worse in exercise testing: A controlled study. European Respiratory Journal, 64(Suppl 68), OA1954. https://doi.org/10.1183/13993003.congress-2024.OA1954
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