La chaîne d’Histoire Nota Bene, sur YouTube, rejoint la liste des influenceurs qui ont reçu un chèque pour cracher sur la vape. 

Ça va encore faire des histoires

Nota Bene est, à ce jour, la plus grosse chaîne francophone d’Histoire sur YouTube en termes d’abonnés. Et Benjamin Brillaud, dit Ben, son sympathique créateur-animateur, n’est pas pour rien dans l’origine de ce succès. Œil perçant, visage aimable, diction claire, il est devenu une véritable star dans son domaine, uniquement guidé par la passion.

Et Ben a des principes, dont il ne se cache pas : combattre le roman national au profit des avancées de la recherche historique, mettant la vérité au-dessus de tout, et un engagement à gauche revendiqué, préférant toujours les valeurs de l’humain avant celles de l’argent.

Et c’est ainsi qu’il a pris un chèque de Contre-Feu pour cracher sur la vape. « Pas de contradiction s’il y a décontraction, Sire », disait Colbert à un Louis dont je ne me rappelle plus le numéro. Cette citation est peut-être apocryphe.

Ce n’est pas le seul. Avant lui, Poisson Fécond, Dr Nozman et d’autres ont pris l’argent et récité peu ou prou la même chose, avec à chaque fois, la même totale décontraction vis-à-vis de la réalité. Si on peut le pardonner à Poisson Fécond, qui est un businessman qui a fait du spectaculaire un fonds de commerce, c’est un peu plus pénible pour Nozman, qui défend la démarche scientifique.

Hugo Decrypte, une autre chaîne, avait également fait une publication, mais, face au tollé, il l’a finalement retirée. On ignore s’il a remboursé Contre-Feu.

On refait l’histoire

La vidéo commence par Ben qui se filme tout seul sur son téléphone portable, l’air sévère, en mode « il faut qu’on parle ». Et d’emblée, c’est une grosse déception, parce que visiblement, le chèque de Contre-feu est tout petit. On se serait attendu à un cadrage, des éclairages, des images d’illustration, bref, un épisode de Nota Bene, mais visiblement, ici, il n’y a pas les moyens.

Mais passons, et voyons ce qui contrarie ainsi Ben. Il commence en expliquant que nos parents se sont fait avoir par un marketing qui nous paraît hallucinant aujourd’hui, et qu’il faut regarder en face ce qui se passe. Et que même s’il ne jette pas l’opprobre sur les utilisateurs de cigarette électronique, quand même, quoi, les gars les filles, c’est un peu votre faute ce qui se passe.

Et qu’est-ce qui se passe ? Et bien il se passe que l’industrie du tabac attire les jeunes avec plein de marketing brillant et inspiré, par exemple, des jeux vidéos. Qu’ils vendent un produit qui rend accro et que leur but est de créer une clientèle dépendante.
Et c’est là qu’on allume Nota Bene comme la DCA anglaise quand l’aviation allemande pointait à l’horizon, sauf que… C’est compliqué.

Le discours de Contre-Feu, et de bon nombre d’autres associations anti vape, est simple et clair : la vape, c’est l’industrie du tabac. Le fait qu’en France, notamment, et de nombreux autres pays, ce soit la vape indépendante de cette industrie qui est leader, et de loin, et qu’elle a fait perdre des millions de clients au tabac, en proposant une alternative plus saine est complètement passé sous silence.

Pourquoi ? Pour éviter qu’un jour, un décideur se dise, au moment d’attribuer les subventions « mais, si la vape est si efficace, à quoi sert Contre-Feu ? ».

Quelle histoire, ça aussi

Le problème, c’est que sur un sujet, ils visent juste : le marketing de la vape est parti en vrille. Ceci, pour une raison simple : les puffs, puis d’autres dispositifs destinés à contourner la loi quand ces derniers ont été interdits, ont développé un marketing agressif en direction de la jeunesse. Et une partie de la vape a suivi.

Pourquoi ? Par peur de se faire détourner ses clients, alors que le public cible n’est pas du tout le même. Par appât du gain, parfois.

Le problème, c’est que, quand on nous balance ces arguments au visage, la seule chose qu’on puisse faire, c’est baisser la tête, penauds.

Le risque, c’est que la vape pense aller à Austerlitz et se retrouve à Waterloo. Qui est une morne plaine, comme chacun sait. Morne comme un paquet neutre.

Revenons à nos histoires

À la fin de sa vidéo, Ben, très énervé, explique que le chiffre d’affaires de la vape a augmenté de 90 % en cinq ans, et que le tabagisme ne disparaît pas, il se transforme. Effectivement, l’augmentation du chiffre d’affaires de la vape correspond à une baisse significative de celui du tabac.

Et c’est bien, non ? Ah, non. Benjamin explique que d’après l’Agence de sécurité sanitaire, la vape aurait des effets cardiovasculaires probables, et des risques respiratoires et cancérigènes possibles.

On est sur le pire passage de la vidéo, là, clairement. Qu’est-ce qu’on disait de Nota Bene plus haut ? Qu’il lutte contre le récit qui est fait du roman national, qu’il travaille avec des historiens, des archéologues, des chercheurs pour transmettre une Histoire scientifique, « carrée ». Grand bien lui fasse.

Le problème, c’est quand il lance ses principes aux orties pour de l’argent quand le sujet ne le concerne pas. On se doute que Benjamin Brillaud n’acceptera jamais une « sponso » du Puy du Fou. Le problème, c’est quand il en accepte une de Contre-Feu pour prétendre que le rapport de l’ANSES dit ce qu’il ne dit pas. Ce n’est pas par hasard si ledit rapport consacre un long moment au début pour expliquer son utilisation des termes « possibles » et « probables ».

C’est un peu comme si une chaîne de vape expliquait que les pyramides, en Égypte, étaient des centrales électriques en s’appuyant sur une étude, sans s’être donné la peine de lire ladite étude, et de se rendre compte qu’elle était signée Gims.

Peut-on encore faire confiance à Nota Bene ? Bien sûr que oui, quand il parle d’Histoire. Quand il parle de Lego, aussi, il a l’air de s’y connaître. Pour le reste, on sera tenté de d’abord se renseigner sur qui le paie pour dire ce qu’il dit. Ce qui, pour quelqu’un qui a bâti sa carrière sur des principes, est triste.

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