Un flacon d’e-liquide à 5,90 € en 2021, facturé 9,45 € en 2026 : en Allemagne, la taxation agressive des produits du vapotage a créé un appel d’air pour le marché noir. Résultat, jusqu’à 40 % des vapes consommées dans le pays proviendraient désormais de sources illégales.
Une fiscalité qui alimente le trafic

Alors qu’aux États-Unis, par exemple, ce sont les nombreuses restrictions de produits qui ont poussé les consommateurs vers le marché noir, en Allemagne, c’est avant tout la fiscalité qui les dérange. Après avoir mis en place une taxation sur les e-liquides à hauteur de 16 centimes par millilitre en 2022, elle culmine désormais à 32 centimes par millilitre en 2026. Résultat, un flacon d’e-liquide de 10 ml, qui coûtait 5,90 € en 2021, est désormais facturé 9,45 €, soit une augmentation du prix de plus de 60 %.
Capture d’écran du vape shop en ligne dampfdorado.de. À gauche, le tarif affiché le 28 septembre 2021 pour l’e-liquide Watermelon Slices, fabriqué par Dinner Lady. À droite, le même produit chez le même revendeur, le 11 mars 2026.
Selon plusieurs enquêtes menées par des instituts pour la BVTE, un vape shop allemand sur six proposerait aujourd’hui des produits illégaux. Du côté des poubelles d’Hambourg et Berlin, environ 13 % des vapoteuses retrouvées étaient illégales. À Brême, c’étaient 40 %. Des chiffres qui coïncident avec les résultats de la récente enquête réalisée par l’institut Fraunhofer ILS, qui estiment quant à eux que le marché noir des produits du vapotage occupe aujourd’hui un peu plus de 30 % de la place. « Si l’on ajoute le marché gris – c’est-à-dire les importations privées de l’étranger où les biens ne sont pas autorisés et non taxés en Allemagne – le marché irrégulier dans ce pays est de 36 % et la moyenne de l’UE atteint jusqu’à 48 %. » Ces chiffres, issus d’études commandées par l’industrie ou des acteurs privés, ne sont pas tous accessibles au public et appellent à une certaine prudence. Toutefois, leur convergence suggère une ampleur significative du phénomène.
Des douanes qui avouent leur impuissance
Pour Rico Back, du cabinet de conseil SKR, les coupables sont simples à désigner : internet, et la Chine. 90 % des produits illégaux en Allemagne proviendraient de là-bas, et seules des mesures prises directement par Pékin pourraient endiguer le phénomène. Un constat partagé par Thomas Liebel, président de l’Union douanière allemande, qui avoue son impuissance : « Nous devons plus ou moins capituler face aux produits illégaux de tabac et de nicotine parce qu’il y en a trop. » Comme tous les services de douane dans le monde, il appelle à plus de moyens.
Cerise sur le gâteau, même lorsque la douane réussit une importante saisie, elle n’est pas gagnante. Pire encore, elle est perdante. L’homme raconte un cas survenu en Bavière au cours de l’année 2025. Dans un ancien entrepôt industriel, la douane saisit 69 palettes contenant chacune 12 500 vapoteuses illégales, soit près d’un million de produits.
Pour stocker la marchandise en attendant de la détruire, la douane a été obligée de louer un bunker. Coût de l’opération pour le contribuable allemand : 750 000 euros. Et lorsque la justice s’est retournée contre le propriétaire des palettes, il s’agissait d’une société-écran dont les deux propriétaires étaient en Chine. Inattaquables, donc.
Une coopération avec Pékin étant peu probable, la Chine n’ayant aucun intérêt à freiner une industrie d’exportation lucrative, le véritable défi va donc se situer du côté européen : renforcer les contrôles douaniers sans pour autant asphyxier le marché légal par une législation excessive. Selon le Parlement européen, 4,19 milliards de colis d’une valeur inférieure à 150 € sont arrivés de Chine dans l’Union européenne, rien qu’en 2024. Un chiffre qui représente 133 colis chaque seconde, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.
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