Suisse : la vape stagne, la polémique enfle

Selon le dernier monitorage officiel, le vapotage plafonne en Suisse à 0,7% d’usagers réguliers en 2015 alors que 14% de la population l’a expérimenté. La Ligue Pulmonaire se félicite de cette stagnation, tandis que Helvetic Vape déplore les freins à l’essor de cette alternative au tabagisme.

 20.000 Suisses vapotent au quotidien

suisse-statistiquesLe vapotage stagne en Suisse. Si 14% de la population, soit un million d’habitants, l’ont expérimenté, seuls 0,3%, c’est à dire environ 20.000 personnes, vapotent au quotidien. Avec 30.000 autres personnes qui l’utilisent à un rythme hebdomadaire, la Suisse compte 0,7% de vapoteurs réguliers. Cet usage de la vape similaire en 2015 à celui de 2014 est le trait principal des chiffres publiés ce 11 juillet par Addiction Suisse.

De cette enquête téléphonique sur 5.257 personnes, il ressort une légère prédominance du vapotage régulier chez les 35-44 ans. Près d’un tiers des jeunes ont essayé, mais son usage régulier reste faible : 0,4% d’usage hebdomadaire chez les 15-19 ans, aucun chez les 19-24 ans.

«Parce que j’aime ça»

Dans le contexte local de prohibition de vente des liquides nicotinés, seuls 33% des vapoteurs utilisent de la nicotine systématiquement. A noter, une seule personne n’ayant jamais fumé a déclaré utiliser occasionnellement le vapotage avec nicotine. Les vapoteurs sont pour 95% soit fumeurs soit ex-fumeurs. Plus de 10% des ex-fumeurs vapotent au moins occasionnellement. Parmi les «jamais-fumeurs» ayant expérimenté, aucun ne vapote régulièrement. Les raisons invoquées par les personnes ayant vapoté récemment ont été «pour réduire ma consommation [tabagique] dans la perspective d’une tentative d’arrêt» et «parce que j’aime ça».

En regard des 25% (1,8 millions) de fumeurs, la part de vapoteurs reste très faible. Effet de l’interdiction de vente des liquides nicotinés qui empêche bon nombre de fumeurs de passer au vapotage. Alors qu’au Royaume-Uni, un tiers des fumeurs essayant la vape se convertissent, seuls 5% des Suisses l’ayant essayée l’ont adoptée régulièrement, comme nous l’avions déjà analysé. La Suisse est le dernier pays d’Europe de l’Ouest où un enfant peut acheter des cigarettes mais où un fumeur ne trouve pas légalement de liquide nicotiné pour se sevrer avec confort à l’aide de la vape. Une législation «toxique» qui condamne les fumeurs suisses au tabac, aux yeux du Pr Jean-François Etter de Stop-Tabac.ch interviewé sur RTS la 1ère en février dernier.

La Ligue des pompiers-pyromanes

Sitôt le rapport publié, la Ligue Pulmonaire Suisse s’est félicitée de la stagnation du vapotage. Un «phénomène social marginal» qui concerne «surtout les fumeurs habituels». L’organisation, jugeant les données scientifiques insuffisantes, craint un effet passerelle pour les jeunes, doute de son efficacité pour le sevrage tabagique et s’inquiète de ses possibles «effets directs et secondaires». En conséquence, elle demande «l’interdiction généralisée de leur publicité et des actions promotionnelles». Avant de conclure que “les fumeurs qui souhaitent arrêter y parviennent mieux par un conseil spécialisé et des médicaments“. Reprises par la presse, ces déclarations ont fait réagir sur internet des vapoteurs suisses habituellement discrets.

Agacés du cynisme de l’organisme dont les actions sont régulièrement soutenues par l’industrie pharmaceutique, les réactions des vapoteurs soulignent son rôle de pompier-pyromane consistant à apeurer les fumeurs et vouloir durcir un arsenal légal protégeant le tabagisme.

olivier-theraulaz-helvetic-vapeContacté par nos soins, Olivier Théraulaz, président de l’association Helvetic Vape, abonde : «Malgré l’accumulation d’évidences scientifiques en faveur du vapotage, la désinformation continue à dessein, le communiqué de la Ligue pulmonaire suisse en est une preuve de plus. Elle déconseille aux fumeurs de passer au vapotage. Ce genre de propos n’est plus acceptable aujourd’hui», citant en référence notamment les rapports du Public Health England, du Royal College of Physicians et le consensus scientifique des organisations de santé publique.

Alors que le tabagisme tue prématurément 9.500 personnes par an en Suisse, la politique pro-abstinence exclusive est en échec. «La réduction des risques et des dommages liés à la consommation de nicotine doit être mise en œuvre au plus vite», ajoute le représentant des vapoteurs. Avant de conclure: «Le vapotage permet d’arrêter de fumer, non pas dans une logique thérapeutique, mais dans une logique de plaisir».

A quelques mois de l’examen au Conseil national du projet de Loi sur les produits du tabac (LPTab), assimilant le vapotage au tabagisme et déjà rejeté par le Conseil des Etats, le débat public attendu va enfin être lancé.

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