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Cigarette électronique : la vérité sur le complot ?

Les médecins Jean-Yves Nau et Dominique Dupagne, apportent une réflexion aiguisée sur les motivations politiques qui peuvent se cacher derrière la réglementation de la cigarette électronique.

Les médecins Jean-Yves Nau et Dominique Dupagne, nous donnent leur visions sur les motivations politiques qui peuvent se cacher derrière la réglementation de la cigarette électronique.

Sur la révolution que représente la cigarette électronique, un avis intéressant sur une raison insoupçonnée du frein à son développement serein.

Jean-Yves Nau, docteur en médecine puis journaliste au Monde, en charge des questions de médecine, biologie et bioéthique, titulaire de la chaire “Journalisme et santé publique” de l’EHESP pour l’année universitaire 2010-2011 et chroniqueur médical et scientifique sur le site Slate.fr, nous livre une réflexion inattendue en complément de celle du Docteur Dominique Dupagne, chargé d’enseignement en 3e cycle de médecine générale à Paris IV, consultant, membre de la Fédération des médecins de France et du Syndicat de la médecine générale, qui participe régulièrement à l’émission scientifique de France Inter La Tête au Carré. Dominique Dupagne est aussi fondateur du forum Atoute.org qui reçoit 1 400 000 visiteurs par mois.

La cigarette électronique est un évènement majeur de santé publique -D. Dupagne

Mais revenons à la déclaration de Dominique Dupagne sur son blog : « la cigarette électronique est un évènement majeur de santé publique. Elle a fait la preuve de son utilité contre le tabagisme, et rien ne permet de penser qu’elle présente la moindre toxicité. Elle constituera sans doute le plus grand progrès en termes de santé publique du début du XXIe siècle ».

Rappelons qu’aux débuts de l’e-cig, Dupagne ne se cachait pas pour y manifester son opposition. Ce sont pourtant paradoxalement les mêmes raisons (l’absence de « données » scientifiques) qui l’ont petit à petit convaincu de l’efficacité formidable de ce produit : « finalement, ce n’est pas la Science avec un grand S qui a gagné, c’est le terrain, les gens sur les forums, les chercheurs chinois, c’est du bricolo et c’est ça qui marche : depuis 10 ans le produit se perfectionne constamment, aujourd’hui, on peut affirmer qu’il est mature-ce qui explique mon revirement à son sujet -sans parler de ses résultats extraordinaires, et ça gène beaucoup de monde ».

Et pour cause : les lobbies vivant du tabac sont les moins dupes concernant le développement exponentiel de l’e-cig et voient déjà leur échapper avec une rapidité de plus en plus grande les bénéfices de leur produit (et si on va un peu plus loin : que faire alors du produit lui-même ?).

Les grands industriels du tabac ont raté le tournant historique de la cigarette électronique mais aujourd’hui les deux poids lourd du secteur que sont Phillip Morris et British American Tobacco tentent de se rattraper en rachetant les plus grosses sociétés, pour la plupart chinoises, à l’origine de cette innovation.

Quant aux lobbies pharmaceutiques…les voilà devant un joli casse-tête : tant que la nicotine ne sera pas officiellement classée comme médicament et que l’e-cig ne sera pas officiellement classée comme un « substitut nicotinique », le marché ne pourra pas leur être attribué. Certes, le 10 juillet dernier à Bruxelles, l’amendement souhaitant soumettre la cigarette électronique à la Directive sur les médicaments vient d’être adopté et dans la foulée, l’e-cig ne serait plus classée parmi les produits de consommation courante. Mais la bataille n’est pas encore perdue : si la cigarette électronique entre dans la Directive sur les médicaments, encore faudra-t-il nous démontrer en quoi la nicotine est un médicament (elle est actuellement classée parmi les produits dangereux et toxiques) !

Comment comprendre […] que l’on ne prenne pas véritablement et collectivement en charge les tentatives que fait le fumeur pour sortir de son esclavage ? Qu’il en sorte, mais seul ! -JY. Nau

Jean-Yves Nau, tout en félicitant Dominique Dupagne de sa prise de position, rajoute la mention d’un obstacle auquel, je l’avoue, je n’aurais pas pensé : sociologique et surtout…moral ! Il note (et c’est très vrai) un refus collectif d’accepter que le fumeur ne souffre pas véritablement pour expier ses péchés. Il y a une posture, une gestuelle de plaisir propre aux fumeurs et donc aux vapoteurs que nombre de non-fumeurs perçoivent comme proprement insupportables, d’où le caractère obsessionnel de leur refus de nous voir vapoter en public (alors que ce vapotage ne provoque aucune gêne objective pour les non-fumeurs).

Peu ou prou, selon lui, nous baignons toujours encore en pleine idéologie judéo-chrétienne…et surtout catholique : tu seras puni par là par où tu auras péché. Celui qui a succombé doit payer. Et qu’il se débrouille seul pour s’en sortir, puisqu’il a accepté seul d’y tomber !

Selon Nau, le cœur des obstacles en tout genre se situerait pour l’essentiel dans cette culpabilisation qui, de religieuse, devient démocratiquement acceptée.

Rappelons quelques chiffres :

Economiques : 1700 cigarettes fumées chaque seconde en France, soit 68 milliards de cigarettes vendues chaque années (dont 10 milliards de contrefaçon ou contrebande).

Les taxes sur le tabac sont également une manne pour l’État (manne qui disparaîtra avec le nombre toujours plus important de vapoteurs qui ne sont pas soumis à ces taxes !)… Bercy a une politique aberrante, tout à fait politicienne : elle voudrait pouvoir encaisser des sommes importantes en temps normal, majorer encore plus les taxes… sans pour autant réduire la consommation ! Si on fait le calcul, les taxes représentent 10 milliards d’euros et la TVA, 1,2 milliard. Soit un total de 11,2 milliards d’euros. Cette politique va totalement à l’encontre de celle du ministère de la Santé puisque les dépenses liées à la consommation de tabac coûtent globalement à la nation 47 milliards d’euros chaque année.

On a donc une cigarette qui coûte quatre fois et demie plus qu’elle ne rapporte. Imaginez que les seules dépenses de santé de ville ou de santé hospitalière représentent déjà 18 milliards d’euros. En plus de ces dépenses directement liées au tabagisme, il faut ajouter les dépenses sociales, les arrêts de travail, beaucoup plus importantes chez les fumeurs que chez les non fumeurs, etc.

De santé : 75 000 morts par an en France en 2012. Dans le monde, 1 mort toutes les 4 secondes et environ 5 millions par an. Si le niveau de tabagisme actuel persiste, ce sera 10 millions de morts par an à partir de 2020. Le tabac, qui a fait 100 millions de morts au XXe siècle, pourrait en faire 1 milliard au XXIe siècle.

Nos organisations communautaires, internationales, gouvernementales auront beau faire, parlementer, légiférer, tout porte à penser que rien n’arrêtera la vague exponentielle de la consommation de la cigarette électronique. Trop de consommateurs ont bien compris avec quelle stupéfiante efficacité le produit, tout en évitant les difficultés énormes de l’effet de manque qui vouent tant de tentatives d’arrêt à l’échec permettait enfin une vie débarrassée (souvent définitivement) de la « tueuse ». Dominique Dupagne l’a bien compris qui dans l’émission La tête au carré du 14 juin nous apprend que face à son effet absolument extraordinaire, il commence à les conseiller à ses patients, à leur recommander forums et articles.

Il persiste en affirmant que ce ne sont pas aux tabacologues qu’il faut en l’occurrence demander leur avis : « la cigarette électronique est un produit concurrent qui va les mettre à la retraite anticipée » !

Nous avons donc évoqué les freins classiques du développement serein de l’e-cig : lobbying.

Il paraît évident que commencer à déculpabiliser une fois pour toutes les fumeurs (les médias ne seraient pas de trop dans cette démarche) permettrait une approche tout à fait différente du passage à l’e-cig, qui ne serait plus vécue comme un combat et une justification supplémentaires.

En attendant, nous partagerons entièrement la réflexion de notre ami forumeur Vulgus Pecus Vapotus dans sa lettre ouverte du 1er juillet à Olivier Truchot (BFM TV) : « en vapotant, après 42 ans de tabagisme, je me déclare en état de légitime-défense de ma santé ! » http://www.forum-ecigarette.com/articles-medias-f756/lettre-ouverte-a-olivier-truchot-bfm-tv-t98992.html

Références

Cigarette électronique : la vérité sur le complot (Jean-Yves Nau) : https://jeanyvesnau.com/2013/07/06/cigarette-electronique-la-verite-sur-le-complot/

La cigarette électronique est utile et n’est pas dangereuse (Dominique Dupagne) : http://www.atoute.org/n/La-cigarette-electronique-est.html

Review Author:Review Date:
  • Zecat

    Une lettre ouverte à olivier truchot (bfm tv) !!! Nous sommes en phase !
    http://www.forum-ecigarette.com/articles-medias-f756/lettre-ouverte-a-olivier-truchot-bfm-tv-t98992.html

  • guitou34

    Les chiffres du tabac sont connues. Par contre je n’ai rien trouvé sur le retour d’investissement. L’investissement étant le manque à gagner par la taxe, et le retour, la date à laquelle l’économie sur la dépense de santé équilibrera le manque à gagner.

  • JohnStyles

    De nouveau merci pour ce super article. Bonne fête nationale à toutes et à tous, et longue vie à notre vape “révolutionnaire”. Amitiés.

  • Bellaqua

    On ne peut pas faire disparaître, avec cette e-cigarette magique, une industrie aussi lourde et complexe que celle du tabac.

    Il ne faut pas tout diaboliser comme ça. Vous utilisez aussi une histoire de morale pour accuser tout ce qui dépend du tabac. Les milliers de milliard qui se dépensent autour du tabac ne vont que très peu dans la poche des méchants lobbystes. Ils payes surtout des millions de salaires, de personne “non coupable”. Il faut donc du temps pour convertir tout ça.

    Ce “Complot” me semble la pour ça…

  • Jérémyz

    Merci beaucoup pour ces articles et la qualité des informations transmises à travers le blog !

  • kalaratri

    Je ne crois pas qu’il faille s’inquiéter d’une législation restrictive sur la e-cigarette. Grâce au commerce sur internet, qui est pratiquement incontrôlable, et grâce aux innombrables sites qui vendent des e-liquides et des accessoires en tous genres, on est assuré de pouvoir s’approvisionner sans véritable difficulté (le cas échéant en cachant son adresse ip, mais je ne crois pas qu’on en arrivera là…).En plus, le marché potentiel de l’e-cigarette est monumental pour les marchands et les industriels. De ce côté-là aussi, comme la recherche de profit l’emporte sur toute autre considération, il est certain que a perversité du capitalisme jouera paradoxalement en faveur des consommateurs. ET même bientôt, il y aura des e-liquides avec du thc pour les amateurs de cannabis! on n’arrête pas le progrès
    bonne fumée de glycérine à tous!

  • Annette Matéo

    A bientôt 2 mois … je serais à 2 ans de l’arrêt de la tueuse. Et voilà presque 2 ans que je vapote et en trois mots : vive ma santé 😉 (sans avoir touché une seule tueuse depuis) Et tout cela ? grâce à mon doudou qui c’est bien renseigné, pour que je puisse arrêter dans de bonne conditions avec de bons produits et un bon matériel. J’ai commencé avec 12 de nicotine et là je suis à 3 trop fière de moi. Après 37 ans de tabac et 2 paquets par jour : je ne supporte plus l’odeur du tabac et je vapote : de l’ananas, de la limonade au citron, mangue, etc etc … A vous maintenant, mais faites vous aider par une personne compétente. Et surtout avoir une bonne motivation !!!! la mienne 😉 voir grandir ma petite fille Lisa de 6 ans ♥

  • La messe est dite et pourtant Marisol Touraine va à l’encontre de tout ce qui a était dit et sera dit sur tous les aspects positifs liés à la e-cigarette, nous savons clairement pourquoi rien ne sera fait (du moins pour l’instant) pour valoriser la vape.

    Il faut informé le grand public sur la non-dangerosité de la vape, car combien de fois avons nous entendu des réflexions “du genre arrêter de fumer de la merde pour une autre merde, je préfère continuer ma clope au moins je sais avec quoi je m’empoisonne…” sans donner l’information concrète cela ne fera jamais changer l’avis des gens, de l’opinion public et encore moins de nos politiciens qui n’en ont que faire…

  • Soys

    Le titre est un peu racoleur, mais franchement un super article 🙂

    • Patricia

      oui.

      sauf à un moment où une grossière erreur de calculs est commise ( qui est hélas fort répandue du fait que cette information a été livrée volontairement déformée dans le but précis qu’on la comprenne de travers).

      L’erreur est de dire que

      ‘Bercy a une politique aberrante, tout à fait politicienne : elle voudrait pouvoir encaisser des sommes importantes en temps normal, majorer encore plus les taxes… sans pour autant réduire la consommation ! Si on fait le calcul, les taxes représentent 10 milliards d’euros et la TVA, 1,2 milliard. Soit un total de 11,2 milliards d’euros. Cette politique va totalement à l’encontre de celle du ministère de la Santé puisque les dépenses liées à la consommation de tabac coûtent globalement à la nation 47 milliards d’euros chaque année.

      On a donc une cigarette qui coûte quatre fois et demie plus qu’elle ne rapporte. Imaginez que les seules dépenses de santé de ville ou de santé hospitalière représentent déjà 18 milliards d’euros. En plus de ces dépenses directement liées au tabagisme, il faut ajouter les dépenses sociales, les arrêts de travail, beaucoup plus importantes chez les fumeurs que chez les non fumeurs, etc.”

      Alors que c’est faux : le coût social est INCLUS dans les 47 milliards évalués en tant que coût du tabac, et c’est même la plus grosse part de dépenses. Mais ce que l’état ne dit pas, c’est que ce coût là, il n’a pas à le supporter. Il est à la charge du privé.

      Le montant de 47 milliards de la perte liée au tabac est ( chiffres de 2005):
      – pour les pertes de productivité (entreprises, arrêt maladie/absentéisme) à 18 086 millions d’€ ;
      – pour les pertes de revenus pour les individus (consommateurs ou non) à 7658 millions d’€ ;
      – pour les dépenses liées aux soins à 18 254 millions d’€ répartis entre soins hospitaliers (8732 millions d’€)
      et médecine de ville (9523 millions d’€) ;
      – pour les pertes de prélèvements obligatoires à 3738 millions d’€ (soit 7,83% du coût social total du
      tabac) ;
      – pour la prévention à 2,82 millions ;
      – pour la lutte contre les feux de forêts à 1,78 millions d’€

      L’état fait également l’impasse sur des ressources liées au tabac qu’il n’a pas incluses dans ses revenus:

      – les retraites et les soins NON versées, car le fumeur meurt prématurément.(ça ce sont des économies dues au tabagisme pour notre sécurité sociale, car le coût des retraites et de la prise en charge des personnes agées dépendantes est très élevé.)

      – les impôts payés par les cigarettiers ( même si ils en détournent 90 % qu’ils ne paient pas)

      – les accords avec Bruxelles à qui les cigarettiers versent des milliards par an, non comptabilisés ici, sommes redistribuées aux états européens , et qui financent donc notre budget et dont les états sont devenus dépendants.

      En bref, le calcul réel pour l”Etat est que le tabac c’est une manne plus fructueuse que coûteuse.

      Argument de plus à verser au dossier du complot dénoncé dans cet article.