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Cancer

Une « découverte inquiétante sur les virus et les défenses des poumons » des vapoteurs

Trompeur

L’étude citée par Futura ne porte sur les poumons d’aucun vapoteur. Elle combine des cellules humaines exposées à des doses de nicotine environ 80 000 fois supérieure à celles auxquelles les poumons des vapoteurs sont exposés dans le monde réel.

L’affirmation d’origine

Futura
Christelle Cherrier, rédactrice web, article relu par Xavier Demeersman, rédacteur en chef
Cigarette électronique : une découverte inquiétante sur les virus et les défenses de vos poumons

Internet · · Source des propos

Notre analyse

Le « vos poumons » du titre pose un premier problème. L’étude ne comporte aucun vapoteur, aucun examen médical, aucune mesure du souffle. Elle repose sur deux choses : des cellules humaines cultivées en laboratoire, et des hamsters. Ce qu’elle observe, ce sont des signaux à l’intérieur des cellules, pas une maladie.

Commençons par les cellules. Elles n’ont pas respiré de vapeur : les chercheurs ont versé du e-liquide directement dans le liquide nourricier où elles baignent. Et en quantité considérable. La concentration de nicotine atteinte dans ces boîtes est environ 80 000 fois plus élevée que celle qu’on trouve dans le sang d’un vapoteur après quelques bouffées. À de tels niveaux, à peu près n’importe quelle substance abîme des cellules. Les auteurs affirment pourtant que cette dose correspond à un vapotage occasionnel, sans fournir le moindre calcul pour l’étayer. Et ils n’ont mesuré ni nicotine ni cotinine chez leurs animaux, ce qui aurait permis de vérifier.

Les hamsters, quant à eux, ont été exposés cinq jours, puis laissés tranquilles dix jours. Au moment de l’examen, ils allaient bien : poids stable, aucun signe de maladie. Leurs poumons observés au microscope ne montraient ni inflammation ni fibrose, c’est-à-dire aucune cicatrice. Les chercheurs écrivent noir sur blanc que leur modèle était non toxique. Ce qui restait détectable relevait de marqueurs internes aux cellules, visibles seulement avec des analyses poussées. Et un marqueur de stress n’est pas une lésion pour autant.

Pour le volet virus, les hamsters ont ensuite été infectés par le Covid. Ceux qui avaient été exposés avaient davantage de virus dans le nez et la gorge. Mais leurs poumons n’étaient pas plus abîmés que ceux des autres : l’écart constaté est trop faible pour être considéré comme réel. Plus de virus ne veut donc pas dire plus de dégâts, et l’étude s’arrête là. Futura le dit d’ailleurs correctement dans le corps de l’article.

Trois éléments fragilisent encore l’ensemble, et les auteurs en signalent deux eux-mêmes. L’expérience ne portait que sur six animaux par groupe, mâles et femelles confondus, ce qui est très peu. Résultat : l’effet s’inverse selon le sexe, les femelles perdant davantage de poids et les mâles moins, ce qui ressemble plus à du hasard qu’à de la biologie. Ensuite, sur l’analyse des gènes, qui constitue le cœur du travail, beaucoup de résultats disparaissent dès qu’on applique les contrôles statistiques d’usage. Enfin, un point que les auteurs n’ont pas mis dans leurs limites : les fichiers informatiques d’origine de cette analyse génétique ont été corrompus et n’ont pas pu être conservés. Personne ne peut donc refaire les calculs pour vérifier.

Le reste de l’article appelle d’ailleurs à trois autres corrections. Il parle de « vapeurs nicotinées » là où il s’agissait de e-liquide dilué dans un milieu de culture. Il conclut que « la science apporte une preuve biologique concrète », alors que les auteurs, eux, écrivent au conditionnel. Et un encart publicitaire glissé au milieu du texte annonce « détruire vos poumons à jamais » et des « lésions irréversibles » : il renvoie vers un autre article, sur le « poumon de pop-corn », sujet absent de l’étude. Aucune expérience ne teste d’ailleurs une irréversibilité : il n’y a qu’un seul prélèvement, à dix jours, et plus rien après.

Consulter les sources (3)
  1. E-cigarette exposure triggers distal lung cell injury, persistent lung stress response, and antiviral immune suppression — Rivera TC, Schweitzer KS, Cornell C, et al. · 11 août 2026
  2. Nicotine delivery, retention and pharmacokinetics from various electronic cigarettes — St.Helen G, Havel C, Dempsey DA, Jacob P, Benowitz NL · 2 octobre 2015
  3. Nicotine and Cotinine Levels With Electronic Cigarette: A Review — Marsot A, Simon N · 16 décembre 2015