Lorillard publie une nouvelle étude sur le vapotage passif

Le cigarettier américain Lorillard, propriétaire de la marque Blu cédée depuis à Imperial Tobacco lors de sa fusion avec RJ Reynolds*, publie une nouvelle étude [1] sur la pollution de l’air. C’est la seconde publication entièrement focalisée sur la cigarette électronique que l’industriel publie ce mois-ci. Après avoir montré l’absence de toxines dans la vapeur des e-cigarettes Blu, la firme américaine s’intéresse désormais au vapotage passif.

85% de nicotine en moins dans l’air

Comparaison du tabagisme passif et du vapotage passif par un industriel du tabac.

Le vapotage offre une réduction des risques significative pour l’entourage en comparaison au tabagisme passif.

Le but de cette étude était de déterminer la teneur et la transmission des ingrédients composant les cigarettes électroniques et de comparer les aérosols d’e-cigarettes aux cigarettes traditionnelles du point de vue de certains composants toxiques et potentiellement toxiques (HPHC), pour lesquels les cigarettes de tabac sont régulièrement testées. Les méthodes analytiques de routine furent adaptées et vérifiées pour l’analyse de cigarettes électroniques. La collecte des aérosols fut effectuée en utilisant des machines à fumer conventionnelles et en se basant sur un régime intense de bouffées. Etant donné que les bouffées des machines ne peuvent pas, et ne sont pas censés simuler les bouffées humaines, les résultats de cette étude sont limités à la comparaison entre les cigarettes traditionnelles et les cigarettes électroniques testées.

Les principaux ingrédients composant les e-cigarettes testées concordaient avec ceux rendus publiques à savoir glycérine et/ou propylène glycol (⩾75%), eau (⩽18%) et nicotine (∼2%). Les bouffées de machines effectuées à un rythme intense ont montré un transfert direct de ces ingrédients à l’aérosol tout en maintenant la composition de l’aérosol identique au e-liquide. Le taux de nicotine était approximativement de 30μg/bouffée ou moins pour les échantillons d’e-cigarettes et inférieur de 85% par rapport aux 200μg/bouffée environ des cigarettes à combustion testées.

Une réduction majeure des risques pour l’entourage comparé au tabagisme passif

Les tests des aérosols de cigarettes électroniques n’ont montré que peu, voire aucune trace de HPHC. Dans l’ensemble, les cigarettes ont produit environ 3000μg/bouffée de HPHC alors que les e-cigarettes et les mesures à vide en ont produit < 2μg. Des quantités limitées mais mesurables de 5 des 55 HPHC testés furent relevées dans trois échantillons d’aérosols de cigarettes électroniques à des taux inférieurs de 50 à 900 fois par rapport à ceux mesurés dans les échantillons de fumée de cigarettes de tabac.

Dans l’ensemble, la transmission de HPHC à partir d’e-cigarettes était comparable aux mesures à vide plutôt qu’aux transmissions à partir de cigarettes traditionnelles. Bien que les produits testés, les paramètres de collecte et les méthodes analytiques ne furent pas les mêmes entre cette étude et d’autres, les résultats sont très réguliers.

Les chercheurs ont signalé que la plupart voire tous les HPHC testés n’avaient pas été détectés, ni même à l’échelle de traces. Burstyn (2014) utilisa des données tirées d’environ 50 études pour estimer l’exposition aux cigarettes électroniques par rapport aux valeurs limites d’exposition (TLV) sur le lieu de travail basé sur 150 bouffées réparties sur 8 heures. La grande majorité des analytes fut estimée à <1% de la TLV alors que les carbonyles sélectionnés étaient de l’ordre de <5% de la TLV.

Cheng (2014) réexamina 29 publications signalant très peu voire aucune trace de HPHC relatifs aux cigarettes combustibles tout en notant que certains des produits testés affichèrent une variabilité considérable dans leur composition et production. Goniewicz et al. (2014) ont testé une gamme de produits dans le commerce et ont signalé des traces quantifiables de HPHC dans les aérosols d’e-cigarettes à des taux de 9 à 450 inférieurs à ceux détectés dans la fumée de cigarettes qui, dans certains cas, étaient de l’ordre des niveaux déterminés dans l’étude de référence (un inhalateur de nicotine).

Laugesen, 2009 et Theophilus et al. 2014 ont présenté des résultats d’e-liquides et d’aérosols disponibles dans le commerce n’affichant pas de taux quantifiable de HPHC ou un taux extrêmement faible de constituants mesurables relatifs aux cigarettes à combustion. En outre, des résultats provenant de sept études récentes ont montré qu’une utilisation à court terme d’e-cigarettes par des fumeurs adultes est généralement bien tolérée avec d’importants effets indésirables signalés dans de très rares cas (Etter, 2010, Polosa et al., 2011, Polosa et al., 2014, Caponnetto et al., 2013, Dawkins and Corcoran, 2014 and Hajek et al., 2014).

Par conséquent, les résultats tirés des études susmentionnées et dans celle-ci soutiennent largement le potentiel des cigarettes électroniques à offrir de manière marquante une exposition réduite aux composants toxiques et potentiellement toxiques contenus dans la fumée chez les fumeurs qui utilisent un tel produit comme une alternative à la cigarette de tabac.

Une amélioration des méthodes d’analyse nécessaire

Des études complémentaires relatives aux caractéristiques des aérosols de cigarettes électroniques s’imposent. Par exemple, la description régulière des principaux composants et des arômes est requise. La mise en place de régimes de bouffées et de produits de référence homogénéisés devrait fortement contribuer au partage des connaissances entre les chercheurs.

L’amélioration continue des méthodes pourrait être nécessaire afin d’améliorer la précision de la quantification des analytes aux faibles taux déterminés dans cette étude. A cette fin, il est primordial que des étapes et des contrôles négatifs afin d’éviter une contamination des échantillons soient incluent lors de la description des aérosols d’e-cigarettes étant donné que les analytes sont de l’ordre de ce qui a été mesuré en laboratoire. Bien que les chercheurs aient signalé la quantification d’analytes sélectionnés, le plus grand soin doit être pris dans l’interprétation des résultats à l’état de traces.


ndlr : Les modèles de cigarettes électroniques testés sont la propriété de Lorillard (Blu et Skycig). Il s’agit de modèles type cigalike.

[1] Comparison of select analytes in aerosol from e-cigarettes with smoke from conventional cigarettes and with ambient air – Rana Tayyarah, Gerald A. Long – doi:10.1016/j.yrtph.2014.10.010

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  • Remz

    le truc cool, c’est que les résultats sont bons.
    Le truc vraiment pas cool, c’est qu’en filigrane les fabricants de tabac sont entrain de prendre à leur compte le côté sanitaire de la vape.
    –> NOS produits sont sains, les autres …

    En ce sens Farsalinos et Khayat l’on bien fait remarquer et ils ont bien raison.

  • Yvon Novy

    Comme Remz !
    L’aspect positif, c’est que les résultats présentés par cette étude sont favorables à la cigarette électronique.
    Ce qui l’est un peu moins, et pour ne pas dire suspect, c’est que ce soit un cigarettier qui produise cette étude. Effectivement, eux ont les moyens de les financer, mais les acteurs de la cigarette électroniques s’impliquent-ils suffisamment ? J’aimerai bien voir de telles études menées, financées par ces derniers…Ou ne serait-ce que lire leurs commentaires sur cette étude de Lorillard !