L’e-cigarette ne serait pas une porte d’entrée vers le tabagisme chez les jeunes

D'après une récente enquête américaine, les jeunes ne serait pas attirés par la cigarette électronique

D’après une récente enquête américaine, les jeunes ne serait pas attirés par la cigarette électronique

On retrouve souvent dans les médias, la crainte que la cigarette électronique, avec ses goûts fantaisies et ses arguments alléchants, ne pousse les jeunes vers le tabagisme et la dépendance à la nicotine.

Ces idées de risques pour les jeunes sont généralement véhiculées par les groupes anti-tabac qui diabolisent tout ce qui ressemble de près ou de loin à la cigarette. On se rappelle notamment en France, des résultats d’une enquête [3] de l’OFT, présentée au SNRT en septembre 2012, qui concluait [4] que l’e-cigarette pouvait représenter une porte d’accès vers le tabagisme chez les jeunes, même si peu de jeunes non-fumeurs avaient déjà essayé l’ecig, une bonne partie d’entre eux (fumeurs ou non-fumeurs) en connaissaient le produit.

La cigarette électronique transforme des fumeurs en non-fumeurs, et non l’inverse

Dans les faits les vapoteurs ont tous été des fumeurs un jour et sont pour la grande majorité d’entre eux âgés de plus de 26 ans (voir les statistiques récoltées sur les forums dans l’article arrêter de fumer avec la cigarette électronique). En France, la plupart des boutiques, qu’elles soient en ligne ou physiques, se refusent de vendre des cigarettes électroniques aux moins de 18 ans. Ce principe est notamment intégré dans la charte d’une association de professionnels de l’e-cigarette en France, le CACE, même si jusqu’à preuve du contraire la cigarette électronique n’a jamais transformé des non-fumeurs en fumeurs.

Mais aux Etats-Unis, chef lieu du puritanisme, il n’est pas rare d’entendre des groupes anti-tabac vouloir bannir les arômes fruités, les packaging attractifs ou encore les publicités mettant en avant des stars du cinéma, e-cigarette aux lèvres, sous prétexte que cela pourrait attirer les jeunes. La protection du mineur est devenue l’un des grands arguments contre l’e-cigarette.

La semaine dernière, le Docteur Siegel de l’université de Boston, publiait un article en réaction à une nouvelle enquête parue dans un journal de santé aux Etats-Unis. Paradoxalement les conclusions de cette enquête ne mettent pas en valeur les faits importants et semblent même servir de carburant aux machines de diabolisation de l’e-cigarette.

Voici la traduction de l’article de Siegel paru le 23 janvier 2013 :


Début des propos de M. Siegel

Une nouvelle enquête montre que les jeunes non-fumeurs n’ont jamais essayé de cigarette électronique

Dans un article publié récemment dans le Journal of Adolescent Health [1], Pepper et al. présentent les résultats d’un sondage effectué en ligne sur 228 adolescents masculins âgés entre 11 et 19 ans pour évaluer la prise de conscience, la volonté d’utiliser et l’utilisation réelle des cigarettes électroniques.

Les résultats sont les suivants : « Seuls deux participants (<1%) avaient déjà utilisé les e-cigarettes. Parmi ceux qui n’avaient pas essayé les e-cigarettes, la plupart (67%) en avait entendu parler. La prise de conscience était plus importante chez les adolescents plus âgés non-hispaniques. Près d’un participant sur cinq (18%) était prêt à essayer une cigarette électronique aromatisée ou non, mais la volonté d’essayer des variétés avec ou sans parfum ne diffère pas. Les fumeurs étaient plus disposés à essayer n’importe quelle cigarette électronique que les non-fumeurs (74% vs 13% ; RC 10.25, 95% IC 2.88, 36.46). Les non-fumeurs qui avaient des croyances plus négatives au sujet des fumeurs typiques étaient moins disposés à essayer les e-cigarettes (RC 0.58, 95% IC 0.43, 0.79). »

L’article conclu : « Etant donné que même l’essai de cigarettes électroniques pourrait mener à une dépendance nicotinique et à l’utilisation ultérieure d’autres produits du tabac, des interventions règlementaires et comportementales sont nécessaires afin d’empêcher une utilisation « passerelle » par les adolescents non-fumeurs. »

Dans un commentaire connexe [2] intitulé « Les cigarettes électroniques : Une nouvelle passerelle à la nicotine ? », le Dr. Rachel Grana du Centre de recherche et de formation sur la lutte anti-tabac exprime son inquiétude car « 18% de l’échantillon sont susceptibles d’essayer les e-cigarettes. » Sur cette base, elle en conclut que : « Des mesures supplémentaires devraient être prises afin de garantir que les cigarettes électroniques ne soient pas vendues à des jeunes et que leur intérêt chez les jeunes et les non-fumeurs soit considérablement réduit, telles que par l’adoption de restrictions sur les allégations relatives à la santé et sur l’appui explicite des célébrités ainsi que la suppression des arômes. »

Le reste de l’Histoire

Ces deux articles sont le parfait exemple de la profonde séparation entre les preuves scientifiques et l’agenda politique du mouvement moderne de lutte anti-tabac.

Ici, nous avons deux articles qui sonnent l’alarme sur le terrible problème de l’utilisation des cigarettes électroniques par les jeunes et sur les dangers des e-cigarettes servant de passerelle à la dépendance à la nicotine. Mais qu’à réellement montré cette étude ?

Elle a montré que pas un seul jeune non-fumeur n’a pu être trouvé, dans un échantillon de 228 adolescents de sexe masculin, à faire usage effectivement ou ayant même essayé une cigarette électronique. Et seulement deux jeunes fumeurs ont pu être trouvés qui ont essayé ce produit.

Il s’agit ici d’un résultat frappant qui balaye l’argument de nombreux groupes et militants anti-tabac selon lequel la cigarette électronique plaît fortement aux jeunes et sert de passerelle à la dépendance nicotinique.

Ce résultat répond assez clairement à la question posée par le Dr. Grana, par la négative.

Pourtant, au lieu de mettre l’accent sur ce résultat important, ces articles tentent d’effrayer le public sur le fléau que représentent les cigarettes électroniques chez les jeunes de notre pays, citant le résultat plutôt sans intérêt des 18% de jeunes prêts à essayer une e-cigarette. La plupart des adolescents est prêt à tout essayer. Ce résultat ne signifie rien. La conclusion importante est qu’à la différence de la croyance des militants anti-tabac et des chercheurs, la cigarette électronique n’a tout simplement pas de succès auprès des adolescents. Dans cet échantillon précis, pas un seul jeune non-fumeur n’a été trouvé qui n’a, ne fut-ce qu’essayer ce produit.

La première phrase du document est la suivante : « Bien qu’un faible nombre d’adolescents de sexe masculin recensé dans notre échantillon national ait essayé les e-cigarettes, environ deux tiers d’entre eux en avaient déjà entendu parler. » Il s’agit ici d’une manière plutôt étrange de résumer ces résultats. J’aurais formulé de façon exactement inverse : « Bien que deux tiers des adolescents de sexe masculin recensés dans notre échantillon national aient déjà entendu parler des cigarettes électroniques, seuls deux d’entre eux les avaient déjà essayés. »

Voilà une conclusion frappante.

Les adolescents sont largement au courant de ces produits mais ils ne les utilisent pas. Et ils ne les essaient même pas.

À l’évidence, la cigarette électronique n’attire pas particulièrement les adolescents. Ils préfèrent de loin la vraie cigarette. Tout comme ils préfèrent les vrais « jeans » et les « vraies » marques de chaussures de sport plutôt que les imitations.

Bien sûr, les professionnels de la santé publique et les décideurs politiques doivent rester vigilants et surveiller l’utilisation des cigarettes électroniques. Et les mesures visant à interdire la vente d’e-cigarettes aux mineurs sont certainement justifiées. Mais le reste de l’histoire est qu’il n’y a tout simplement pas de preuve qui permette de penser que les cigarettes électroniques attirent ou sont populaires chez les jeunes. Les mesures suggérées par le Dr. Grana, telles qu’interdire les arômes et le soutien des célébrités ainsi que les affirmations véridiques au sujet de la sécurité relative de ces produits, ne sont pas justifiées.

Mais je ne pense pas qu’une grande partie des groupes et militants anti-tabac se soucie des preuves réelles. Ils ont déjà pris leur décision. Vapoter ressemble trop à fumer. Donc oubliez le fait qu’aucun jeune non-fumeur ayant déjà essayé le produit n’ait été trouvé. Les militants doivent continuer à suivre la ligne de leur groupe et mettre en garde contre les dangers des cigarettes électroniques comme une passerelle à la dépendance nicotinique. Peu importe si cette passerelle n’existe tout simplement pas.


Fin des propos de M. Siegel

Je pense que les points à retenir de ces différentes enquêtes sont les suivantes :

  • La cigarette électronique s’adresse aux fumeurs qui veulent réduire les risques liés à leur tabagisme. Elle est utilisée aujourd’hui comme telle.
  • Le peu de jeunes qui ont déjà essayé la cigarette électronique en France, ont préalablement déjà essayé la cigarette, et non l’inverse. De manière générale, elle ne semble pas séduire les jeunes non-fumeurs.
  • Un encadrement publicitaire et commercial trop restrictif freinerait l’accès au produit pour les fumeurs à la recherche d’une alternative plus saine.
  • Quand elle est associée à un comportement, la nicotine est un produit pouvant créer une forte dépendance. A l’instar des cigarettes, le contrôle des ventes auprès des mineurs a déjà été adoptée par la plupart des professionnels en France.
  • Pour rappel, les timbres transdermiques (type Nicorette), gommes ou inhalateurs, sont des médicaments vendus aux clients patients à partir de 15 ans.

Références

[1] Adolescent Males’ Awareness of and Willingness to Try Electronic Cigarettes : http://www.jahonline.org/article/S1054-139X(12)00409-0/fulltext [2] Electronic Cigarettes: A New Nicotine Gateway? : http://www.jahonline.org/article/S1054-139X%2812%2900736-7/fulltext#bib16 [3] SNRT résumé conférences : http://www.srnteurope.org/assets/Abstract-Book-Final.pdf [4] Traduction du résumé de l’enquête de Bertrand Dautzenberg sur le forum e-cigarette (par Amanda) : http://www.forum-ecigarette.com/tests-etudes-scientifiques-f757/l-ecigarette-un-nouveau-produit-pour-les-adolescents-t58876.html [5] A propos du produit Nicorette : http://fr.wikipedia.org/wiki/Nicorette et http://www.nicorette.fr/
Review Author:Review Date:
  • J’ai commencé à fumer pour l’image et non pour le plaisir, au début une clope c’est infecte, mais quelle classe on avait à 17 ans avec une clope dans le bec.
    Aujourd’hui, et c’est mon avis, l’e-cigarette n’attire pas, elle intrigue et donc fait peur, c’est pourquoi je suis d’accord avec cet article dans son contexte actuel.
    Mais dans le futur, et c’est toujours mon avis, l’e-cigarette risque de voir son image se démocratiser et passer par les étapes de la curiosité, l’acceptation etc… De plus, à la manière des housses pour téléphone, elle peut être un objet de mode, on le voit déjà avec les différentes personnalisations déjà disponibles (couleurs, formes).

    • yotraxx

      C’est vrai !
      Pour le moment, c’est juste un objet curieux car encore relativement inconnu…
      Mais, habitant paris et ayant commencé la vape il y à bientôt 3 mois, je peux vous garantir deux choses (je ne dis pas que c’est représentatif, mais quand même un peu):
      – les boutiques physiques explosent sur paris (et sur tout le territoire ?), c’est un fait !
      – depuis un mois, il ne se passe PAS UN JOUR sans que je ne rencontre au hasard d’un coin De rue un vapoteur tirant sur sa vapoteuse… (Et c’est vrai, je suis beaucoup plus sensible visuellement et dorénavant aux volutes de fumées/vapeurs qu’auparavant…).

  • Merci pour cet article fort intéressant (je viens souvent ici lire les publications, cette fois je commente 😉 ).
    Effectivement, c’est frappant de voir comment la science, qui se veut objective, est finalement teintée d’idéologie. Ou plutôt comment l’idéologie va orienter les thèmes de recherche d’une part, et les conclusions que l’on tire des données “objectives” d’autre part. Je fais une thèse en psycho sociale, et c’est marrant de voir comment les mêmes résultats peuvent être interprétés différemment selon l’idéologie du chercheur (et d’ailleurs il y a un très bon exemple dans cet article!).
    Bref, tout ça pour dire que de mon point de vue il est vrai que ces données peuvent servir les “deux camps”: les partisans de l’e-cig (dont je suis) et ses détracteurs. Et en lisant, je me suis dit qu’une petite étude de psycho, sous forme par exemple d’un questionnaire en ligne, visant à mesurer les représentations qu’ont les gens sur l’e-cig, son attrait, la curiosité qu’elle évoque, ce genre de choses, en fonction de l’âge, du passé ou du présent de fumeur ou de non-fumeur, pourquoi pas le SSE, l’estime de soi (j’avais du mal au début à sortir dans la rue avec mon gros megalodon) etc. pourrait être une bonne idée! Quand j’ai rendu ma thèse je m’y colle!