Le Centre Antipoison marocain rejoue un vieux remake américain

Qui a envie de passer un petit moment de détente journalistique, s’arrêtera volontiers sur l’article du journal marocain Liberation, intitulé “Le Centre antipoison marocain pointe du doigt la cigarette électronique“.

Deux cas d’exposition au e-liquide

Fustigé par certains médias, le vaporisateur personnel peine à se faire une place au Royaume du Maroc.

Fustigé par certains médias, le vaporisateur personnel peine à se faire une place au Royaume du Maroc.

On apprend dans cet article publié samedi dernier, que le Centre Anti Poison et de Pharmacovigilance du Maroc (CAPM) aurait été contacté en janvier 2014 “pour deux cas d’exposition au e-liquide“. Il s’agirait d’un adulte qui aurait malencontreusement “renversé du liquide sur sa main“, lui causant alors “hypotension et palpitations“. L’autre cas concernerait celui d’un enfant de 4 ans qui aurait “pris une gorgée [et qui serait] resté asymptomatique“. Sur ces faits alarmants le journal marocain conclue que ces incidents “en disent long sur les risques encourus“.

Le caractère anecdotique de cette nouvelle aux airs faussement dramatiques ne suffirait pas à justifier un article, c’est peut être pour cette raison que le journal complète cette information par celle relayée quelques mois plus tôt dans le New York Times, et qui a depuis été entièrement relativisée.

Un médecin très mal informé

Le journal rapporte également les propos du docteur Youssef Chami Khazraji qui affirme ou soutient les choses suivantes :

  • La vapoteuse est encore plus nuisible à la santé [que la cigarette classique]
  • Il n’est prouvé nulle part que la e-cigarette peut servir de moyen de sevrage
  • Ce n’est vraiment pas un produit pour aider au sevrage tabagique
  • La e-cigarette entretient la dépendance à la nicotine voire participe à l’augmenter et la perpétuer
  • La e-cigarette augmente […] la consommation de tabac
  • C’est un cercle vicieux dont il est difficile de sortir

Outre le manque évident d’information dont semble disposer ce professionnel de santé, il semblerait que son appel aux médias l’année dernière pour s’unir “contre le tabac et […] contre l’usage de la première cigarette” n’a pas vraiment été entendu. Encore faudrait-il pour cela que les faits scientifiques puissent emprunter toutes les voies la Méditerranée et atteindre correctement les rédactions marocaines.

Pour les fumeurs marocains qui ne peuvent pas ou qui ne veulent pas arrêter de fumer, et qui souhaiteraient par conséquent s’informer sur la cigarette électronique, nous recommandons la lecture et le partage de ces deux documents :

Nous rappelons également qu’une association de professionnels de la vape existe au Maroc. Il s’agit de l’AMIVAPE que nous avions présentée en juin dernier.

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  • Christophe

    C’est vrai que le cas de l’enfant dont il est question dans l’article est inquiétant, et devrait faire réagir les pouvoirs publics. C’est d’autant plus grave qu’il est très difficile de faire la différence entre un empoisonnement asymptomatique et pas d’empoisonnement du tout.

    • Titan

      Ben tiens … c’est bien connu …! Couper les pattes arrière d’une grenouille, taper fort sur la table pour qu’elle saute comme avant l’ablation et constater qu’elle ne s’exécute pas prouve bien une chose, et c’est scientifique:
      Lui couper les pattes la rend sourde … 🙂

      • Tony Fiant

        Notre société est coupable de cette notion de “professionnel”.
        Telle dame n’est plus femme de ménage (ou homme pour la parité) mais technicienne de surface. Une formation express, un papier qui fait office de diplôme et hop, on est professionnel… et accessoirement pénalement responsable si problème.
        Et on ne jure que par cela : je ne supporte plus la phrase “parlez en à votre médecin” tellement facile, utilisée pour tout et n’importe quoi du moment que cela a un vague rapport avec la santé ou le corps, phrase qui responsabilise outrancièrement le praticien soudainement détenteur de l’omniscience.
        Il n’est même pas au courant le pauvre.
        Ok, il faut bien une référence, les pros mais hélas, l’intitulé à le dos très très large,

  • Tony Fiant

    La panique rôde. Je craignais Ebola et ses malades en fuite après leur agression, quelle erreur ! Le vrai danger est déjà parmi nous. Il est vrai que je suis entré en contact avec du liquide il y a peu et le jour même je recevais mon avis d’imposition. C’est dire si la cigarette électronique est dangereuse.
    Par contre, si l’on pouvait enlever le terme “professionnel” de santé dans l’article, ce serait plus clair car visiblement on parle de quelqu’un qui n’en a ni les compétences ni le recul ni le sens des responsabilités.
    un peu galvaudé de nos jours le terme professionnel.

    • Titan

      Non, non, Tony, ne dis pas ça, je connais personnellement au moins deux professionnels de l’incompétence à mon boulot, et je te jure que ça esquinte! Mais réparer donne du taf aux vrais pros, ça équilibre.

      • Tony Fiant

        Je connais…
        Le problème est d’autant plus grave ici que l’on parle de santé publique.
        De plus, la relation avec le médecin est souvent du type parent-enfant, le médecin protege, rassure, soigne, réconforte bref c’est quelqu’un de la famille en qui notre confiance est aveugle. Beaucoup boivent ses paroles.
        C’est même récursif : les médecins souffrent souvent du syndrome du médecin qui leur fait insconsciemment croire qu’ils ne tomberont jamais gravement malades.
        Donc, associer la notion de compétence professionnelle à une confiance psychologique forte donne un amalgame bien dangereux quand un toubib médiatisé son point de vue.

        • Christophe

          Attention quand même : contrairement à ce qu’écrit Ghyslain, le médecin interrogé, le Dr Youssef Chami, n’affirme pas que le vaporisateur personnel est plus dangereux pour la santé que la cigarette : c’est la journaliste auteure de l’article qui émet ce jugement aussi stupide que catastrophique.

          L’avis du Dr Youssef Khazraji, est discutable, mais il n’est pas scandaleux : qu’il y ait des gens qui vapotent essentiellement pour pouvoir consommer de la nicotine là où ils n’ont pas le droit de fumer, et qui continuent à fumer par ailleurs, on sait tous que ça existe. Et en ce qui concerne le Maroc, ce médecin a sans doute d’avantage d’informations que nous. En contrepartie, la proportion d’anciens fumeurs qui ont abandonné la clope an passant au vaporisateur devrait également être mis dans la balance. Celle-ci dépend à mon avis en grande partie de la fiabilité et de la qualité du matériel mis à disposition du public, et de ce point de vue, je ne sais pas jusqu’à quel point les vapoteurs marocains ont facilement accès ne serait-ce qu’à des batteries à voltage variable et à des clearos plus performants que les stardusts.

          • Bonjour Christophe, tu as raison de le souligner. J’ai volontairement écrit “qui affirme ou soutient …” car l’article parle d’un “avis vivement soutenu”. Le journaliste peut effet lui prêter des propos qui ne sont pas les siens. Prudence donc. Merci pour cette remarque. -Ghyslain

  • Céline Djibaoui

    Les nommés dans la catégorie attaque bidon du mois d’aout sont :